Une littérature offensive. Représentations, gestes et interventions à la zad de Notre-Dame-des-Landes
1 “À l’heure où Guy Debord est à la BNF […], est-il encore possible, dans les années 2000, de considérer l’écriture comme un geste offensif ?”[1] Telle est la question que pose le collectif Mauvaise Troupe dans Constellations, soulevant, d’emblée, toute une série d’enjeux. Comment hériter des formes subversives situationnistes alors qu’elles constituent désormais un patrimoine littéraire canonique ? Qu’est-ce que l’écriture envisagée comme un geste ? De quelle attaque cette écriture peut-elle se faire l’arme, et sur quel terrain ? La première piste de réponse semble esquissée dans la question elle-même : c’est bien en matière de situations de la littérature que la référence à Guy Debord incite à penser le potentiel offensif des textes.
2 C’est ici la zad de Notre-Dame-des-Landes qui sera envisagée comme une situation, dans et lors de laquelle une multiplicité de gestes d’écriture mettent à l’épreuve les capacités performatives du langage. Territoire ayant fait l’objet d’un projet de construction aéroportuaire[2], il est rebaptisé Zone à Défendre par les opposants qui, dès 2008, appellent à l’occupation des terres “contre l’aéroport et son monde”. L’installation, pour des durées très variées, d’ “habitants qui résistent”[3] dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes, s’articule à un plus vaste mouvement de lutte contre l’aéroport réunissant des militants de tous horizons, “paysans, anarchistes, syndicalistes, naturalistes, écologistes, étudiants, locaux et révolutionnaires en tous genres”[4]. Le gouvernement ayant renoncé au projet aéroportuaire en janvier 2018, les occupants revendiquent la poursuite des expérimentations anti-capitalistes qui sont menées sur la zone, ce qui donne lieu, au printemps 2018, à un violent conflit physique et administratif. L’exécutif lance un vaste plan d’expulsion des occupants illégaux par les forces de l’ordre, ciblant en priorité ceux qu’il estime ne pas porter de projet agricole conforme aux cadres étatiques.
3 De 2008 à aujourd’hui, l’occupation de la zad s’est accompagnée d’une considérable production textuelle aux formes, aux modalités de publication et aux fonctions fortement hétérogènes. L’éloge des mauvaises herbes[5] par exemple, publication d’écrivains et d’intellectuels[6], bénéficie d’un large relai médiatique et fournit un bon exemple de mobilisation du capital de notoriété des intellectuels en vue d’un soutien public, ici au maintien de la zad après l’abandon du projet d’aéroport. Les expériences et l’imaginaire de la zad ont également nourri bandes dessinées[7], pièces de théâtre[8], voire projets de recherche-création[9]. On s’intéressera plutôt ici à des textes qui se présentent comme produits depuis la zad ou par des habitants de la zad, tout en gardant en tête que ce critère d’autochtonie est mis à mal par les modalités même de l’habiter zadiste[10]. On identifie ainsi un ensemble composite de textes de situation, dont on analysera les potentialités offensives multiples, voire divergentes. La littérarité de ces textes se fonde sur la contradiction qui a caractérisé l’art situationniste : leur valeur se veut avant tout valeur d’usage, puisqu’il s’agit non de faire œuvre mais de participer à la construction de l’événement. Pour autant, les gestes de publication à destination ouverte, sur lesquels nous reviendrons, extraient ces publications de l’immédiateté situationnelle. Il s’agit des livres du collectif Mauvaise Troupe[11], des collectes de voix du collectif Adventices[12], des productions du Journal Intime Collectif (JIC)[13], des ateliers du Zad Social Rap (ZSR)[14] ou encore de l’intervention de terrain des “Troupes de l’imaginaire”[15]. Ce vaste corpus doit être complété par les productions nées suite à l’abandon du projet d’aéroport : elles participent d’une nouvelle situation qui oscille entre pacification et conflictualité exacerbée. On songe là aux textes parus dans Zadibao, les battements du bocage[16], journal bimensuel publié en ligne et occasionnellement en version papier, aux divers textes qui paraissent encore sur le principal site de la zad, zad.nadir[17], mais aussi aux brochures Zadissidences[18] et aux textes hébergés sur le site nantes.indymedia[19].
4 L’article a vocation à dresser une cartographie problématisée des multiples productions littéraires à la zad ; pour cela, il propose un parcours autour de cinq modalités selon lesquelles ces productions sont envisagées comme des ressources pour la lutte : contredire, documenter, fronder, devenir complices du lieu et construire des situations sont autant d’offensives littéraires qu’il s’agit d’analyser.
Contredire
5 Avant de s’éprouver comme geste offensif, la production littéraire de la zad doit s’envisager comme une somme de discours défensifs. Le champ des représentations de ce dont la zad est le nom est en effet un champ hautement conflictuel ; il s’agit ainsi de fournir un contre-discours, une alternative concrète aux portraits de terrain qui s’élaborent à l’extérieur de la zad, notamment dans le champ médiatique. Pour cela, la littérature à la zad construit bien souvent des scénographies énonciatives fondées sur la contradiction.
6 Analysons brièvement un morceau collectif du Zad Social Rap, produit en atelier d’écriture et d’enregistrement à la zad : “Votre-Dame-du-Vietnam[20]. Dès le titre, il s’agit de revendiquer un droit de réponse au très alarmiste récit médiatique “Notre-Dame-du-Vietnam” paru dans Valeurs actuelles[21]. Résolument satirique, l’ensemble du morceau, en intégrant à son propre discours le discours ennemi, expose les puissances carnavalesques de l’écriture. D’une part, le travail sur les rimes construit dans un premier temps un discours lancinant qui associe l’imaginaire terrifiant des “tours à laser dans [les] basses-cours”, des “comptes à rebours” et autres “prises d’otage de joibour” imputées aux zadistes[22], aux délires du “nal-jour” qui ne peut alors rimer qu’avec un cri de panique : “au secours”. Devenue “terrain de jeu” d’un “nous”, la zad est rendue aux occupants qui se réapproprient alors les signes de la violence : “c’est nous le vent, la tornade, la grenade dégoupillée”, ainsi que les clichés médiatiques : “viens dans les champs minés, on va vous bouffer, vous humilier, vous scalper, scarifier, détruire vos identités, retrouver vos enfants et les manger”. Les descriptions médiatiques ici contestées n’étant que de pures légendes, le contre-discours zadiste exploite et prolonge la référence aux contes : les occupants, “à force de ramper dans la boue” sont “devenus des vieux crapauds” qui “font la guerre du fond de [leurs] mares” et “d’un baiser” transforment leurs ennemis “en cafards”. Le renversement carnavalesque – au sens bakhtinien du terme[23] - atteint enfin son comble à l’apparition finale de “rimes crades” qui répondent au “fond de l’air […] fade” : dans un style quasi-rabelaisien, le morceau évoque joyeusement les “cacatapultes” et “pipistolets” attribués aux occupants et se propose d’offrir “un peu de saveur bidet pour les torchons du JDD”[24].
7 Loin de passer sous silence les discours médiatiques ennemis, il s’agit bien plutôt d’affirmer la capacité de l’écriture à les incorporer et à les mettre en déroute. Si le ZSR cultive un style satirique acéré, les textes exploitant les ressources du style didactique ne sont pas en reste. Le récit La revanche des communs[25] met ainsi en scène une journaliste du Figaro “terrifiée et réfugiée dans une cabane” lors des expulsions, qui, pétrie des fictions médiatiques, implore les zadistes de contre-attaquer avec leurs “boules de pétanques hérissées de lames de rasoir”. La réponse d’un occupant allie alors la moquerie (“il éclate de rire malgré le gaz lacrymogène”) à la leçon (“il est impossible de souder des lames de rasoir sur une boule de pétanque”). C’est d’ailleurs sur cette mise en scène à la fois caustique et pédagogique de la parole ennemie que se fonde l’ensemble du dispositif énonciatif de La recomposition des mondes : le discours du narrateur sur ce qu’est la zad s’y élabore en situation grotesque, face à un agent de la gendarmerie mobile attablé à un bar, autour d’un verre.

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Alessandro Pignocchi, La recomposition des mondes, Paris, Seuil, 2019, p. 25.
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La bande dessinée conjugue ainsi les traditionnels atouts du dialogue didactique (double énonciation) et les ressources du carnavalesque : le boire et les représentations du gendarme assis, voire allongé (sur un divan de psychanalyste), sont autant de renversements dans l’ordre vertical et sobre des corps du maintien de l’ordre. La littérature à la zad met par là en place une véritable rhétorique de la controverse. En s’octroyant un droit de réponse et en le mettant en scène, elle introduit ainsi un grain dans le rouage monolithique des médias de masse. Non parce qu’elle disposerait d’une publicité égale à celle de ses adversaires, mais parce qu’en exposant sa valeur de contre-discours, elle rend manifeste le pólemos qui structure fortement le champ des discours sur la zad, et rappelle que l’espace public est structuré par les rapports sociaux et la conflictualité des positionnements.
Documenter
9 C’est dans cette même perspective polémique que doit être pensée la fonction majoritairement documentaire de la production littéraire à Notre-Dame-des-Landes. On précisera d’abord les caractéristiques de cette littérature documentaire avant d’en souligner l’intérêt avant tout didactique, si l’on prend en considération le docere au fondement de l’étymologie du documentum. Le journal Zadibao fournit un bon exemple de l’inévitable dimension polémique de la production à la zad : il entend “parler de ce qui se vit du côté de Notre-Dame-des-Landes”[26] depuis l’abandon du projet d’aéroport, aussi se présente-t-il avant tout comme une réponse à Gérard Collomb qui, alors ministre de l’intérieur, déclare le 18 mai 2017 sur RMC et BFM TV : “vous n’entendrez plus parler de Notre-Dame-des-Landes”. “Ne pas se faire enterrer sous une chape de silence”[27], tel est l’objectif du journal qui, en reprenant l’imaginaire des dazibaos chinois, associe étroitement la question de la visibilité médiatique à celle de l’existence politique. Fortement nourri des thèses de Benjamin Sur le concept d’histoire, le collectif Mauvaise Troupe envisage de la même manière l’entreprise d’histoire discontinue menée dans ses différents ouvrages : les divers récits d’expériences de résistance s’inscrivent dans ce que Benjamin nomme le “combat pour le passé opprimé”[28] et font ainsi de la narration un geste potentiellement politique, parce qu’occasion d’apparition. Constellations se présente par exemple comme “un livre d’histoires” qui s’oppose au mot d’ordre relevant tout autant de la représentation que de l’opération disciplinaire : “ne faites pas d’histoires”[29].
10 Précisons alors que ce parti pris, prédominant, d’une littérature documentaire à Notre-Dame-des-Landes se fonde sur trois des propriétés fondamentales du document. Les textes revendiquent avant tout une fonction d’attestation, et inscrivent par là la littérature dans un régime de la preuve. Observons par exemple l’ouverture de la brochure La revanche sur les communs parue sur Zadibao, récit des expulsions d’avril 2018 : “l’hélicoptère de la police tourne au-dessus de nos têtes”[30]. Prenant la forme d’un journal de bord, le texte emprunte au genre du témoignage, qui entretient un rapport intime avec l’institution juridique et les situations de litige, de différend. Dès l’introduction in medias res, l’auteur expose sa position de témoin privilégié sur le terrain tout en mettant à distance l’horizon autobiographique par l’usage du “nous” collectif. À la construction de la figure de l’auteur-témoin s’ajoute l’insertion de documents, photographies et discours rapportés, qui sont autant de ressources afin d’étayer la vérité du récit des violentes expulsions. En situation radicalement conflictuelle, la référentialité de l’écriture documentaire revêt un caractère épistémique crucial.
11 Seconde caractéristique, le choix d’une esthétique documentaire dans une grande partie de la production littéraire de la zad implique une pensée de la communauté. En effet, les textes s’apparentent bien souvent à des montages qui font la part belle à l’anonymat ou à la polyphonie, au détriment de la figure de l’auteur original et singulier. Du Journal Intime Collectif aux textes de la Mauvaise Troupe et du collectif Comm’un en passant par le recueil des Adventices ou les morceaux du Zad Social Rap, les productions orchestrent l’hétérogénéité des voix et des supports. Ainsi du texte Le rosier[31] du collectif Adventices par exemple, qui retrace l’histoire d’un lieu de la zad en agençant archives, retranscriptions d’entretiens, contributions libres et textes produits en ateliers d’écriture. À l’image du lieu, squat ayant connu des occupations collectives successives, l’histoire se fait plurielle, kaléidoscopique, voire anonyme.
12 Enfin, troisième remarque, le document désignant un régime de la trace mémorielle, la production littéraire à la zad s’apparente parfois à une “archéologie collective”, “pour guérir des plaies que l’on partage”, ainsi que le précisent les auteurs des “chroniques de la cabane sur l’eau”[32]. Toujours menacés de disparaître, les lieux de la zad font l’objet de deux démarches documentaires principales. Ils nourrissent d’abord des “témoignages du quotidien”[33]. Les “chroniques de la cabane sur l’eau” par exemple, placées sous le patronage de Sénèque et de ses Lettres à Lucilius[34], ont vocation à documenter au présent plutôt que de vivre “dans l’espoir du lendemain”[35], afin que la destruction prochaine de la cabane n’altère pas le souvenir des expériences vécues. D’autre part, suite aux expulsions successives, on observe la recrudescence d’une littérature des ruines, dans laquelle il s’agit de revenir sur les lieux détruits pour en retracer l’histoire. Ainsi du texte “Que reste-t-il de la Noue Non Plus ?”[36] par exemple, qui s’attelle à un véritable inventaire d’indices de la vie passée à partir de photographies des lieux des cabanes détruites (pieds de tomates, palet de grenade lacrymogène, papier de bonbon, débris de bois et de métal, ou encore géranium sauvage qui repousse). Écrire sur les lieux disparus est cependant moins conçu comme une entreprise nostalgique que comme une manière de “danser sur [les] ruines”[37], pour reprendre le titre d’une contribution au recueil sur Le rosier. En effet, le geste de documentation des occupations, destructions et reconstructions successives semble destiné à devenir un monument, c’est-à-dire un symbole de la tenace “capacité de régénération de la zad”[38]. La production littéraire s’envisage ainsi comme un documentum, un exemple, une leçon, un modèle de résistance.
13 Dans le champ conflictuel que constitue l’ensemble des discours sur la zad, la production littéraire in situ, si elle se fait entreprise de contradiction ou de documentation, a alors bien souvent un horizon didactique. Attardons-nous par exemple sur les quelques lignes d’ouverture du recueil Le rosier : “Voici quelques histoires. Des histoires de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : un coin de 1650 hectares de bocage situé à une vingtaine de kilomètres au Nord de Nantes”[39]. La structure présentative, inaugurale, soumet le texte à l’objectif d’un faire voir. La description très générale de la zad, supposant un public inexpert, s’inscrit dans le projet d’un faire savoir. L’accumulation de plans de la zone et de schémas fléchés dans la plupart des textes produits sur la zad témoigne d’une même ambition didactique.
14 Les textes de la revue Zadibao sont les plus symptomatiques de cette tentation d’une littérature pédagogique. Qu’il s’agisse d’évoquer la faune et la flore de la zad, les fêtes nocturnes ou les interventions des forces de l’ordre, c’est fréquemment le registre didactique qui est mobilisé. Ainsi des enseignements botaniques ludiques du “professeur Jasmin”, de la vaste entreprise de dessins exposant et schématisant les usages du territoire ou encore du récit des expulsions, saturé d’assertions générales : “c’est une véritable culture de résistance qui s’est développée autour de la zad”, “là résident les fondations de toute lutte qui cherche réellement à gagner”, “c’est de cette double capacité que la zad tire sa force”, “c’est là que réside la magie de la zad”[40]. Les structures présentatives, véritables routines syntaxiques dans le texte, sont autant de moyens de clôturer le sens et de délivrer un enseignement.
15 La production littéraire à la zad est ainsi envisagée comme une manière “de montrer comment”, “d’exposer pourquoi” et d’ “offrir des précédents”[41], pour reprendre les expressions des auteurs du vaste ouvrage Habiter en lutte. C’est déjà dans cette même veine que les livres Constellations et Contrées se présentaient, afin de lutter contre un monde qui “dépossède” des luttes et empêche “que des enseignements n’en soient jamais tirés”[42]. Quant à la construction de la cabane abritant infirmerie et bibliothèque de la zad en 2014, elle a donné lieu à un véritable “manuel”, L’atelier cabane, “guide pratique” et ludique “pour donner envie de faire des cabanes”, “pour faire naître des idées”[43]. La production littéraire, parce qu’elle est documentaire et qu’elle fournit un contre-discours aux narrations officielles, prétend équiper les luttes à venir, fournir des exempla. Malgré les affirmations répétées d’une plurivocité des textes et des points de vue, il s’agit bien de construire un imaginaire de l’expérience zadiste qui puisse, comme le manuel de la cabane, être exporté afin d’“aider à lutter et soutenir les ZAD, partout”[44].
Fronder
16 Cette élaboration littéraire d’un modèle qui puisse inspirer les autres luttes n’est pas sans générer des tensions internes entre les différentes composantes de la zad. De manière plus générale, les mésententes se sont considérablement accrues suite à l’abandon du projet d’aéroport et à l’occasion des expulsions des occupants au printemps 2018. Elles cristallisent tout particulièrement de nombreux conflits portant sur les modalités de la production médiatique, sur les gestes éditoriaux et sur les partis pris idéologiques et stylistiques des textes écrits à la zad.
17 Le dissensus éditorial, tout d’abord, révèle des conceptions divergentes de la notion de publication. Le site ZadNadir, site de référence des occupants de la zad, assume un travail éditorial de sélection des textes soumis, quitte à ne pas publier des textes qui “alimentent les querelles de milieux” ou qui “sont inintelligibles pour quiconque ne vit pas sur la zad”[45]. Une partie des occupants dénonce une telle démarche qui “dépolitise les conflits” et “cantonne au privé ce qui se joue dans les luttes”[46] en produisant une norme discursive du politiquement correct. Leurs critiques ont dû trouver des supports de circulation alternatifs, les brochures ZADissidences notamment, ainsi que le site nantes.indymedia. Au-delà des désaccords idéologiques, ce sont des conceptions concurrentes des usages du littéraire qui entrent en jeu. Le souci de contredire les discours médiatiques en délivrant “une image positive de la zad” sur ZadNadir mais aussi dans les livres de Mauvaise Troupe, tout comme le soin de mobiliser les artistes et les intellectuels[47], réduisent la production écrite, selon la branche critique, à de “grands écrits publicitaires” “intégrés dans le système marchand”[48]. Les choix d’édition et de circulation impliquent encore, selon eux, des choix de communautés de lecteurs qu’ils désavouent non sans ironie : puisque “les livres [de Mauvaise Troupe] se vendent dans toutes les fnac et autres leclerc, avec la promotion et le soutien de la presse de gauche genre Nouvel Obs-Libération-Télérama, […] on les retrouve donc logiquement dans les étagères des salons de la classe moyenne de gauche, à côté des livres d’attac sur la transition énergétique”[49]. Le désaccord semble triple : il porte tout autant sur les contenus des textes que sur leurs modalités de circulation et sur l’imaginaire sociologique de leur réception. Il pose ainsi des questions cruciales concernant la politique de la littérature : d’une part, en termes de politique de la réception, il souligne les limites sociales d’une littérature qui, destinée à être diffusée dans la “sphère publique” habermasienne[50], n’interroge pas le caractère étroitement bourgeois de cette dernière. À l’inverse, les publications de Zadissidences, brochures gratuites disponibles en ligne, ont majoritairement pour destinataire fictif les adversaires internes à la zad. En exploitant les ressources de la lettre ouverte, elles élaborent ce que Nancy Frazer a pu nommer une “arène discursive parallèle” propre aux contre-publics subalternes[51]. Le geste publiant de Zadissidences est toutefois fortement ambigu : il donne à lire des textes qui n’avaient pas initialement vocation à circuler dans l’espace public, puisqu’initialement parus dans le ZadNews, journal interne à la zad.
18 La critique éditoriale s’articule par ailleurs à une critique stylistique qui désavoue les “poètes-prophètes du comité invisible” et “la mauvaise troupe des conteurs-historiens” accusés de souscrire à la mode du “romantisme de la subversion”[52]. Elle donne alors lieu à une production littéraire radicalement polémique, ironique et créative, qui démonte les éléments de langage de la composante adverse. On songe notamment à la renomination de la Zone À Défendre (elle-même détournement de l’acronyme Zone d’Aménagement Différé) en “Zone à Dividendes”[53] dans une fiction qui dénonce les choix stratégiques des occupants. Ou encore aux textes parus dans Zadissidences qui prétendent déconstruire la “novlangue” politique de la composante “négociatrice” qui voile les réalités du terrain :
Ils détruisent nos cabanes / ils négocient
ils nous interpellent / ils négocient
ils nous blessent / ils négocient
ils nous mettent en prison / ils négocient...[54]
19 La production textuelle critique a ceci d’intéressant qu’elle retourne contre l’une des composantes de la zad les modalités offensives que l’on a précédemment identifiées. Ainsi de l’exposition du polémos qui structure le champ des discours, puisqu’il s’agit bien souvent d’inclure la parole de l’adversaire – sous forme parodiée – pour mieux la contredire[55], dans des textes d’une agressivité mordante[56]. Ainsi encore de l’importance accordée au documentaire, puisque nombreux sont les textes à se présenter sous la forme d’enquêtes ou de reportages, non dénués d’ironie. Le ZadParc[57] par exemple se présente comme une enquête qui dénonce, par l’art du collage, les effets de lissage, de pacification et de marchandisation de la zad :

Illustration à consulter en ligne : https://zzz.zaclys.com/download.php?z=2&doc_id=6422616
ZadParc, p. 22.

Ici, l’image principale – estampe du 19ème siècle représentant la liberté de la presse – est utilisée à contre-emploi : elle donne à voir une opinion publique qui se rue sur les informations politiquement correctes et contrôlées produites par les occupants dits “légalistes”, tandis que se détache en arrière-plan l’horizon pluvieux d’un aéroport. Les publicités pour lessive envahissent l’image, symboles des “grands écrits publicitaires” qui tâchent de construire un imaginaire “propre” de la zad. Dans une veine plus mélancolique, le texte “Zombie-walk à la ZAD”[58] paru dans Lundi am se présente comme une enquête archéologique à la zad, lors du rassemblement festif “ZADenVIES”. Le récit de l’arpentage de la zone, accompagné de photographies, narre la quête des traces de la radicalité passée de la zad, recouvertes désormais par le mouvement de festivalisation à l’œuvre, ne laissant apparents que quelques indices des luttes passées, “pour le folklore”[59].
20 La production littéraire à la zad de Notre-Dame-des-Landes est ainsi hautement conflictuelle car elle s’attelle majoritairement à dire ce qu’est la zad de Notre-Dame-des-Landes. Détenir le monopole de la définition légitime est le propre du dominant dans un champ social spécifique, et c’est bien dans une lutte définitionnelle que s’inscrit la production littéraire et ses ressources documentaires, didactiques et polémiques.
Devenir complices du lieu
L’enquête par entretiens auprès des membres d’Adventices, du Journal Intime Collectif (JIC) et de ceux de Mauvaise Troupe permet de mieux comprendre comment la production de textes à Notre-Dame-des-Landes s’inscrit, pour les occupants, dans un ensemble de gestes qui s’articulent aux luttes et à la vie quotidienne de la zad. Les référentiels politiques qui nourrissent les habitants de Notre-Dame-des-Landes ont une forte influence sur cette appréhension de la production littéraire comme geste. L’héritage très large d’une pensée anarchiste de l’écologie sociale d’une part[60] et l’influence du “tournant ontologique” d’autre part[61] nourrissent une pensée relationnelle qui puise chez Deleuze, Sahlins, Clastres ou encore Ingold ses assises théoriques. La littérature est ainsi abordée selon une “perspective résidentielle” selon laquelle les “formes que les hommes construisent” – y compris les formes discursives – “surgissent au cours même de leur activité, dans les contextes relationnels spécifiques de leur engagement pratique avec leur environnement”[62]. Ainsi qu’on l’a montré dans de précédents travaux[63], la littérature est ainsi moins conçue comme un exercice de représentation seconde du monde que comme l’apprentissage toujours reconduit de sa perception.
21 Les productions littéraires à Notre-Dame-des-Landes ne sont pas le fruit d’“autochtones” mais bien d’“adventices”, pour reprendre l’imaginaire végétal du collectif du même nom. Une note en ouverture de leur ouvrage, Le rosier, précise que les adventices désignent des plantes “qui poussent dans les cultures sans y avoir été semées”, c’est-à-dire quelque chose “qui vient du dehors, qui est acquis”, par opposition ce qui serait “inné, déterminé par la naissance[64]. La collecte de voix et l’écriture du Rosier sont alors envisagées par les auteurs comme une “manière de devenir complices du lieu[65] car elles leur fournissent l’occasion d’acquérir une compréhension affinée du site et de s’approprier l’histoire de son occupation qui précède largement leur arrivée sur la zone.
22 Le cas le plus intéressant à l’égard des implications documentaires des gestes littéraires à la zad est sans aucun doute celui du JIC, Journal Intime Collectif, qui réunit régulièrement un petit nombre d’occupants de la zad entre 2012 et 2014 dans le cadre d’ateliers d’écriture et de discussions collectives. Défini par son initiatrice comme un “appareil de production”[66] régi par un ensemble de règles, le JIC impose de “décrire des scènes ou paysages réels, des personnages anonymes”, d’écrire “de manière strictement descriptive ; (pas de psychologie ou de jugement de valeur) sans utiliser le pronom je”, “au présent”, et de faire précéder le texte “de la date, de l’heure et du lieu”. Ces quelques règles impliquent ainsi un impératif de référentialité tout en déjouant la possibilité de constitution d’un savoir-pouvoir par le travail d’anonymisation. Elles donnent priorité au monde extérieur plus qu’à l’univers psychologique ; elles construisent une contemporanéité entre moment de l’observation et geste d’écrire ; elles ancrent l’écriture dans le temps et l’espace. En cela, elles constituent un véritable dispositif d’“ouverture au monde”, une “façon d’être plus là”, dans un lieu que les gens “habitent réellement”, pour reprendre les mots de la conceptrice[67]. Les productions rassemblées sous forme de recueils témoignent d’une langue en travail, cherchant à qualifier les formes spécifiques du vivre à la zad.
23 Mettant à distance le récit d’exploration exotique ou l’explication causale, les productions du JIC témoignent avant tout du plaisir de la reconnaissance des choses du quotidien, ainsi que le révèle notamment, dans de nombreux fragments, l’usage massif de la détermination définie : “la pluie mouille les barricades, l’herbe, l’amoncellement, les vélos renversés, les poubelles débordantes, les pieds nus sur la terre”[68]. Dans un style souvent fragmentaire, privilégiant la phrase nominale, les textes font comparaître, en les juxtaposant, éléments humains, non-humains, paroles et objets :
Un chemin bosselé, bordé d’arbres, ornières allongées argileuses, plus ou moins mouillées, à droite un toit en taule à côté d’un car Bibliobus, derrière, un champ de maïs, au fond un petit bois de chênes, au bout du chemin de ronces, une clairière, un carré de palettes posées sur des pneus et un homme dans un arbre.[69]
24 L’interdiction du recours au point de vue d’un “je” surplombant fait disparaître les hiérarchies syntaxiques de l’action au profit d’une entreprise de description. Celle-ci suppose l’égalité des formes et elle est conçue comme une pratique d’engagement perceptuel : l’être humain, par le geste d’écrire, affine ses relations à l’environnement, à l’image de l’homme dans l’arbre, dont la description tisse par la suite une homologie d’enchevêtrements en instaurant un parallèle entre l’homme “accroché à des cordes de couleurs qui enroulent l’arbre” et “le lierre qui enserre tous les troncs”[70].
25 Les ateliers d’écriture du JIC s’attellent à mettre en mots les configurations politiques inédites qui s’éprouvent à la zad. Un fragment s’attachera ainsi à décrire la matérialité des AG, “cercles incomplets et difformes d’êtres humains plus ou moins allongés” où “la parole passe d’un être humain à l’autre” tandis que “des chiens aboient”[71], un autre évoquera l’absence de lune “aunuitd’hui[72] afin de qualifier les nuits non-éclairées de la zad, échappant au productivisme “24/7” ou fera encore apparaître un “chblouc[73], onomatopée caractéristique des milliards de paires de bottes marchant dans la boue du bocage. La radicalité de l’entreprise littéraire du JIC relève de la situation d’écriture : trouver une langue capable de s’enchevêtrer au territoire, c’est renforcer l’attachement des occupants et du lieu. L’occupation constituant l’une des principales modalités de lutte à la zad, le geste littéraire du JIC affirme ainsi sa radicalité écologique.

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Croquis du JIC : http://carnetsnddl.blogspot.com/2013/06/page-50.html. Juin 2013
Construire des situations
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“Se battre et, dans le même geste, inventer d’autres manières d’habiter le monde”[74], tel est le leitmotiv du collectif Mauvaise Troupe. Il est facile d’appréhender nombre de productions artivistes sous cet angle à la zad, que l’on songe aux multiples barricades, au phare de la Rolandière ou encore à la tour de la rainette, tout à la fois constructions défensives ou habitats et œuvres d’art. Si la tâche semble plus ardue concernant la production littéraire, Mauvaise Troupe la qualifie pourtant de “geste d’intervention dans la lutte sous forme écrite”[75]. C’est que le collectif envisage l’imaginaire comme l’une des dimensions cruciales des expériences politiques, rejoignant ainsi la pensée d’Alain Damasio qui, dans sa postface à La recomposition des mondes, soutient que l’imaginaire “est ce qui ponte l’action, [...] lui donne son point de fuite et sa perspective”. Pour le dire autrement, la mythopoïèse est “ce qui fait pont par-dessus les ravins du jour-le-jour, par-delà les échecs et les butées, les limites concrètes de l’action, le ras-le-bol boueux”[76]. Selon le collectif, l’écriture des livres est “exploratoire” : elle permet de penser et de nourrir les expériences de lutte au présent, dans un mouvement d’incessants “allers-retours avec la vie[77]. Une telle appréhension de la production littéraire s’inscrit dans un renversement plus large de la division du travail à la zad. Ainsi que le note la sociologue Geneviève Pruvost, “l’activité discursive” n’y est point “séparable de l’environnement dans lequel elle se déploie” car “les moyens de production de la vie matérielle ne constituent pas le décor ou les coulisses d’une agora qui occuperait le devant de la scène[78]. Le récit de la construction de l’Ambazada à la zad, par exemple, cabane dédiée à la rencontre de militants de tous horizons, témoigne explicitement de la volonté de Mauvaise Troupe d’entrelacer les mots et le bâti. Le lieu s’y décrit comme un “mélange des levées de charpentes avec des discussions politiques, des repas à plusieurs centaines avec des chants du monde entier”[79].
27 Afin de défendre l’idée d’une production imaginaire qui s’articule aux expériences de vie, le collectif s’attache à décrire et à louer un ensemble de traditions littéraires qui accompagnent et surtout subliment les luttes collectives. Ainsi du Berto Saio basque, improvisation chantée décrite dans le texte Errekaleor comme une création qui “s’ancre dans la réalité des lieux” et qui a le pouvoir de “faire ressurgir” la mémoire et le récit des luttes passées[80], ainsi encore des “troupes de l’imaginaire” du Val Susa évoquées dans Contrées, “nouvelle armée” d’habitants et d’écrivains qui “sillonnent la vallée”, “criant leurs textes à la foule ou aux carabiniers” lors des luttes “no Tav”[81]. Il s’agit avant tout, par le geste littéraire, de remédier au manque d’histoires et de mythes[82] afin de fournir aux luttes leurs héritages et leurs récits. Il s’agit également de réenchanter ces luttes par des fictions futures, que l’on songe par exemple à un “rituel” d’écriture rapporté dans Zadibao. Lors d’une “phase difficile” traversée par les occupants, un petit groupe d’entre eux, réuni en haut du phare de la zad en juin 2018, lance des avions en papier en pleine nuit. “Sous les plis des aéronefs, quelques mots sont rédigés : ce que la zad pourrait être le matin du 21 décembre, jour du solstice d’hiver, dans six mois”[83]. Ayant pour objectif de rappeler le caractère “unique, spécial et magique” des expériences vécues à la zad, le geste d’écriture a aussi pour fonction de réinventer ces dernières en réintroduisant un “sens du possible”[84] dans une réalité alors perçue comme verrouillée.
28 À titre d’exemple de construction de situation à la zad, on propose la brève analyse d’une mobilisation ayant eu lieu le 22 avril 2018, celle des “troupes de l’imaginaire”, consistant en une journée de lecture orale et collective de textes littéraires face aux forces de l’ordre. On a montré ailleurs[85] comment cette mobilisation mettait en tension la violence symbolique du littéraire face au monopole de la violence physique légitime. On s’attachera ici à analyser la constitution, en situation, d’un véritable geste littéraire. Suivant un parcours sur différents lieux de la zad, la journée est l’occasion d’une mise en récit, souvent épique[86], des constructions et destructions, des victoires et des défaites face aux forces de l’ordre ayant marqué les sites parcourus. Des boucliers en bois en forme de grands livres sont fournis aux participants, donnant à lire les références principales des occupants, dont notamment les ouvrages du Comité Invisible, de Fernando Pessoa, d’Erri de Luca ou encore La société du spectacle de Guy Debord. Tout au long du parcours, la trentaine de participants lit à haute voix des extraits de textes choisis, mettant ainsi à l’épreuve les conditions d’un possible geste offensif littéraire : celui-ci est précisément à envisager en situation. Ainsi, le caractère offensif de la thèse n°IV “sur le concept d’histoire” de Walter Benjamin[87], ou de la “déclaration des poètes” de Patrick Chamoiseau[88], lus à voix haute pour l’occasion, réside dans la confrontation de ce que disent les textes d’une part et des circonstances de leur nouvelle énonciation d’autre part. La thèse de Benjamin par exemple, à rebours de l’orthodoxie marxiste, soulignait que “dans le combat pour les choses brutes et matérielles”, les “choses subtiles et spirituelles”, au rang desquelles les forces de l’imaginaire, “sont vivantes dans ce combat, sous forme de confiance, de courage, d’humour, de ruse, de persévérance”[89]. La déclaration se mesure à nouveaux frais à l’aune du rassemblement sur la zad et de la lecture à voix haute du texte dans la situation brute et matérielle de menaces d’expulsions des habitants par les forces de l’ordre. C’est au moment-même où elle est lue que la “chose subtile et spirituelle” mesure son implication dans le combat, sous les diverses formes identifiées par Benjamin. De la même manière, le manifeste poétique de Patrick Chamoiseau, parce qu’il est proféré face aux forces de la gendarmerie mobile, doit conquérir en situation son statut de “déclaration”. Observons plus précisément l’un des passages les plus significatifs :
Les poètes déclarent qu’une politique de sécurité qui laisse mourir et qui suspend des libertés individuelles au nom de l’Ordre public contrevient au principe de Sûreté que seul peut garantir l’exercice inaliénable indivisible des Droits fondamentaux.[90]
29 Le caractère offensif du geste, qui doit se vérifier en situation, n’est pas simplement celui du propos général que soutient le texte : il serait trop facile d’effectuer alors des rapprochements thématiques entre les mots et le monde. C’est bien plutôt l’assertion anaphorique “les poètes déclarent”, rythmant l’ensemble du texte de Chamoiseau, qu’il s’agit d’éprouver à la zad. La voix de la personne qui profère le texte, à mesure qu’elle progresse sur le terrain accidenté vers la ligne de gendarmes mobiles, est soumise au trouble, à l’émoi. C’est ainsi le “déclarer” comme verbe et comme action, c’est la propriété fonctionnelle de la déclaration au cœur du texte de Chamoiseau, qui constitue le geste offensif mis en péril à Notre-Dame-des-Landes. Et parce que la personne qui s’avance est suivie de près par les troupes de l’imaginaire, parce qu’elle n’est pas “un poète” mais renoue précisément avec le pluriel des “poètes” qui la soutiennent, elle parviendra à maintenir et poursuivre sa déclaration, en situation.
30 Dans le feu de l’action, les interventions littéraires de terrain à la zad renouent ainsi avec l’héritage situationniste et leur définition contextuelle de la beauté artistique : “provisoire et vécue”[91]. Mais parce qu’elle s’inscrit toujours dans des situations conflictuelles, la production à la zad doit être saisie dans sa radicalité : contredire, documenter, fronder, devenir complices du lieu ou construire des situations sont autant de gestes propres à une littérature offensive.
Mathilde Roussigné
Université de Paris VIII Saint-Denis / EHESS

Notes


[1]Mauvaise Troupe, Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle, Paris, L’Éclat, 2014, p. 495.

[2]Le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, s’il refait surface en 2000 au ministère de l’Équipement et des Transports, date initialement des années 1970. Il a été abandonné officiellement par l’État en 2018.

[3]“Défendre nos manières d’habiter la ZAD”, Zadnadir, dimanche 13 mai 2018, url : <https://zad.nadir.org/spip.php?article5801> (consulté le 10 octobre 2019).

[4]“La revanche des communs, récit d’un long printemps sur la zad”, Zadibao, 1 mai 2018, url : <https://zadibao.net/2018/05/01/la-revanche-sur-les-communs/> (consulté le 10 octobre 2019).

[5]Éloge des mauvaises herbes, Ce que nous devons à la ZAD, collectif coordonné par Jade Lingaard, Paris, Les liens qui libèrent, 2018.

[6]Ont participé à cet ouvrage Olivier Abel (philosophe), Christophe Bonneuil (historien), Patrick Bouchain (architecte), Alain Damasio (écrivain), Virginie Despentes (écrivaine), Amandine Gay (cinéaste et afroféministe), John Jordan (artiste-activiste), Bruno Latour (sociologue), Wilfried Lupano (scénariste de bande dessinée), Geneviève Pruvost (sociologue), Nathalie Quintane (écrivaine), Kristin Ross (essayiste et professeure de littérature comparée), Pablo Servigne (conférencier), Vandana Shiva (activiste écologiste) et Starhawk (activiste écoféministe). Les degrés d’implication de ces auteurs à la zad diffèrent absolument, qu’ils y soient peu ou jamais allés (Olivier Abel, Bruno Latour, Virginie Despentes...) ou qu’ils aient participé activement à la défense de la zone (Jade Lingaard, John Jordan…).

[7]Thomas Azuélos, Simon Rochepeau, La Zad, c’est plus grand que nous, Paris, Futuropolis, 2019.

[8]Catherine Zambon, Nous étions debout et nous ne le savions pas, Oppositions/résistances, Lille, La Fontaine, 2017. Patrick Grégoire, Le cauchemar du Préfet et Les tritons prendront l’avion, 2017.

[9]Virginie Gautier, “Marchécrire”, journal de la thèse, Recherche & Création littéraire, Université de Cergy-Pontoise, laboratoire AGORA, 2016, url : <http://carnetdesdeparts.blogspot.com/search/label/
March%C3%A9crire
>.

[10]Ainsi en témoignent par exemple les Chroniques de la zone libre, témoignage d’une existence voyageuse, voire nomade, d’un auteur circulant entre différentes zad et communautés autogérées. Ainsi en témoigne, d’une tout autre manière, la BD La recomposition des mondes d’Alessandro Pignocchi qui met en scène l’auteur en apprenti zadiste, étant ponctuellement venu séjourner et soutenir la zone. Voir Cosma Salé, Chroniques de la zone libre. Des zad au maquis : fragments de l’imaginaire autonome, Neuvy-en-Champagne, Le passager clandestin, 2016, et Alessandro Pignocchi, La recomposition des mondes, Paris, Seuil, 2019.

[11]Collectif d’une douzaine de membres, la Mauvaise Troupe a notamment publié les livres Constellations (2014), Contrées (2016), Saisons (2017) ainsi que la collection de textes “Territoires en bataille”, url : <https://mauvaisetroupe.org/> (consulté le 10 octobre 2019).

[12]Collectif de six membres habitants de la zad, Adventices a mené une collecte de voix sur le terrain de la zad qui a abouti à un recueil publié en ligne. Adventices, “Le Rosier, Petites histoires d’une zone à défendre”, Infokiosques, décembre 2017, url : <https://infokiosques.net/spip.php?article1586> (consulté le 10 octobre 2019).

[13]À l’initiative de Carilone, habitante de la zad, le Journal Intime Collectif dit “le JIC” est un jeu d’écriture qui s’apparente à un atelier d’écriture et de discussions collectives pour raconter les espaces partagés au quotidien. Les productions issues des sessions JIC ont été rassemblées dans un recueil. JIC, “Absolument tous les recueils du JIC (Journal Intime Collectif) de la ZAD (Zone à Défendre) de NDDL (Notre Dame Des Landes)”, JIC, url : <http://www.ejic.com>/ (consulté le 10 octobre 2019).

[14]Le Zad Social Rap est un atelier d’écriture et d’enregistrement collectif ayant lieu de manière hebdomadaire à la zad. Les morceaux de rap produits collectivement sont disponibles en ligne. Zad Social Rap, Soundcloud, url : <https://soundcloud.com/zadsocialrap> (consulté le 10 octobre 2019).

[15]Les Troupes de l’imaginaire désignent un groupe d’intervention éphémère, constitué le dimanche 22 avril 2018 par une trentaine de participants répondant à l’appel de la bibliothèque de la zad, le Taslu, gérée par des membres de la Mauvaise Troupe. Voir “le Taslu appelle les troupes de l’imaginaire à se mobiliser”, ZadNadir, url : <https://zad.nadir.org/spip.php?article5604> (consulté le 10 octobre 2019).

[16]Zadibao, les battements du bocage, url : <https://zadibao.net/> (consulté le 10 octobre 2019).

[17]Zad-Nadir, url : <https://zad.nadir.org/> (consulté le 10 octobre 2019).

[18] Les Zadissidences sont des brochures (trois numéros à ce jour) qui se présentent comme des compilations de textes initialement parus dans le Zadnews, l’hebdomadaire interne à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, créé et rédigé par et pour les zadistes. ZADdissidences, des voix off de la zad, url : <https://infokiosques.net/spip.php?article1549> (consulté le 10 octobre 2019).

[19]Nantes.indymedia, url : <https://nantes.indymedia.org/in/ZAD> (consulté le 10 octobre 2019).

[20]Zad Social Rap, “Votre-Dame-du-Vietnam”, Soundcloud, op. cit.

[21]“Notre-Dame-du-Vietnam” dans Valeurs actuelles, 9 décembre 2017, url : <https://www.valeursactuelles.com/societe/notre-dame-des-landes-bienvenue-notre-dame-du-vietnam-91305> (consulté le 10 octobre 2019).

[22]Voir l’enquête d’Acrimed, observatoire des médias indépendant : Acrimed, “Désinformation sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : les médias au garde-à-vous”, Acrimed, mardi 2 janvier 2018, url : <https://www.acrimed.org/Desinformation-sur-la-ZAD-de-Notre-Dame-des> (consulté le 10 octobre 2019).

[23] Le carnavalesque chez Bakhtine désigne un phénomène de textualisation de la culture populaire du rire. Il s’appuie notamment sur un renversement grotesque qui fait des animaux, des monstres, du bas-corporel et des orifices des principes hautement positifs et victorieux.

[24]Et un occupant de conclure : “J’arrose avec mes selles tous les articles de Valeurs Actuelles”. Zad Social Rap, “Votre-Dame-du-Vietnam”, Soundcloud, op. cit.

[25]“La revanche des communs, récit d’un long printemps sur la zad”, Zadibao, op. cit.

[26]“Renseignements généraux”, Zadibao, url : <https://zadibao.net/ou-sommes-nous-situes-2/> (consulté le 10 octobre 2019).

[27]Ibid.

[28]Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, thèse XVII, Lausanne, Payot, 2013.

[29]Mauvaise Troupe, Constellations, op. cit., n.p.

[30]“La revanche des communs, récit d’un long printemps sur la zad”, Zadibao, op. cit.

[31]Adventices, op. cit.

[32]“Chroniques de la cabane sur l’eau”, Zadnadir, lundi 3 décembre 2018, url : <https://zad.nadir.org/spip.php?article6236> (consulté le 10 octobre 2019).

[33]Ibid.

[34]Sénèque, Lettres à Lucilius, cité dans “Chroniques de la cabane sur l’eau”, Zadnadir, op. cit.

[35]Ibid.

[36]“Que reste-t-il de la Noue Non Plus ?”, Zadnadir, vendredi 21 septembre 2018, url : <https://zad.nadir.org/spip.php?article6111> (consulté le 10 octobre 2019).

[37]Adventices, op. cit., p. 84.

[38]“Le collectif renaît toujours – pose d’une halle de marché et d’assemblée au Gourbi”, Zadnadir, samedi 14 avril 2018, url : <https://zad.nadir.org/spip.php?article5536> (consulté le 10 octobre 2019).

[39]Adventices, op. cit., p. 3.

[40]“La revanche des communs, récit d’un long printemps sur la zad”, Zadibao, op. cit.

[41]Collectif Comm’un, Habiter en lutte, Zad de Notre-Dame-des-Landes, Paris, Le Passager Clandestin, 2019.

[42]Mauvaise Troupe, “présentation du livre”, Constellations, url : <https://mauvaisetroupe.org/spip.php?rubrique1> (consulté le 10 octobre 2019).

[43]L’atelier cabane, petit manuel romancé pour la construction d’une cabane mobile et engagée, sur nddl-idf,
url : <whttp://www.nddl-idf.fr/wp-content/uploads/livret-cabane.pdf> (consulté le 10 octobre 2019).

[44]Ibid.

[45]“Qui sommes nous”, sur Zad.nadir, op. cit.

[46]Éditoto”, ZADissidences, des voix off de la zad, op. cit., n.3, p. 4.

[47]La bibliothèque de la zad, le Taslu, notamment, n’hésite pas à mobiliser le capital symbolique des auteurs afin de légitimer l’occupation.

[48]“Le mouvement est mort. Vive... la réforme! Une critique de la composition et de ses élites ”, nantes.indymedia, url : <https://nantes.indymedia.org/system/zine/2018/02/18/40146/splash-conv.pdf> (consulté le 10 octobre 2019).

[49]Ibid.

[50]Jürgen Habermas, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1978.

[51]Nancy Frazer, “Repenser la sphère publique : une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe réellement”, dans Craig Calhoun (dir.), Habermas and the Public Sphere, Cambridge, MIT Press, 1992, p. 109-142.

[52]“Le mouvement est mort. Vive... la réforme! Une critique de la composition et de ses élites”, op. cit.

[53]“Zone A Dividendes”, nantes.indymedia, url : <https://nantes.indymedia.org/articles/44879> (consulté le 10 octobre 2019).

[54]“Le 14 ils négocient”, ZADissidences, des voix off de la zad, op. cit., n.3, p. 20.

[55]On renvoie ici, par exemple, au morceau “signe ou saigne” du ZSR, ou au rap retranscrit dans la brochure “De la bile sur le feu” qui parodient avec force d’ironie les discours du CMDO.

[56]On songe notamment aux chansons : “L’Entité est dans le pré”, pastiche de “Le bonheur est dans le pré” de Paul Fort, et à l’ “Ode au CMDO” dans ZADissidences, des voix off de la zad, op. cit.

[57]Zadparc, url : <https://iaata.info/IMG/pdf/zadparc-page.pdf> (consulté le 10 octobre 2019).

[58]“Zombie-walk à la ZAD”, Lundi am, le 25 juillet 2019, url : <https://lundi.am/Zombie-walk-a-la-ZAD> (consulté le 10 octobre 2019).

[59]Ibid.

[60]Murray Bookchin, Qu’est-ce que l’écologie sociale ?, Lyon, Atelier de création libertaire, 2003, [1989]. Pour une analyse plus développée de la genèse politique de la zad, voir les travaux de Sylvaine Bulle, “Une expérimentation territoriale utopique : la ZAD Notre-Dame-des-Landes. Premiers éléments de genèse politique” dans le cadre du séminaire ETAPE n° 20, “Entre théorie et pratique : le Comité invisible et Notre-Dame-des-Landes”, Paris, 5 février 2016.

[61]Amiria Henare, Martin Holbraad, Sari Wastell, “Introduction. Thinking through things” dans Amiria Henare, Martin Holbraad, Sari Wastell (dirs), Thinking through things. Theorising artefacts ethnographically, Abingdon/New York, Routledge, p. 1‐31.

[62]Tim Ingold, Marcher avec les dragons, Bruxelles, Zones Sensibles, 2013, p. 173.

[63]Mathilde Roussigné, “La littérature à l’épreuve du terrain : écrire pour habiter la zad de Notre-Dame-des-Landes”, À l’épreuve, février 2019, <http://www.alepreuve.org/content/la-litt%C3%A9rature-%C3%A0-l%C3%A9preuve-du-terrain-%C3%A9crire-pour-habiter-la-zad-de-notre-dame-des-landes> (consulté le 10 octobre 2019).

[64]Adventices, op. cit., p. 5

[65]Ibid.

[66]“Absolument tous les recueils du JIC (Journal Intime Collectif) de la ZAD (Zone à Défendre) de NDDL (Notre Dame Des Landes)”, Jic, p. 2, url : <http://www.ejic.com/> (consulté le 10 octobre 2019).

[67]Entretien avec Carilone, 7 avril 2018.

[68]“Absolument tous les recueils du JIC”, op. cit., p. 24.

[69]Ibid., p. 15.

[70]Ibid.

[71]“Absolument tous les recueils du JIC ”, op. cit., p. 27.

[72]Ibid., p. 4.

[73]Ibid., p. 34.

[74]Mauvaise Troupe, “Se battre et, dans le même geste, inventer d’autres manières d’habiter le monde”, entretien, Savoir/Agir, vol. 38, n°4, 2016, url : <https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2016-4-page-61.htm> (consulté le 10 octobre 2019).

[75]Ibid.

[76]Alain Damasio, “postface”, La recomposition des mondes, op. cit., p. 101.

[77]Entretien avec la Mauvaise Troupe, 10 mai 2018.

[78]Geneviève Pruvost, “Critique en acte de la vie quotidienne à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (2013-2014)”, Politix, vol. 117, n°1, 2017, p. 35-62.

[79]Mauvaise Troupe, “Errekaleor, le plus grand squat du Pays basque”, collection “Territoires en bataille”, n°1, 2018, p. 6, Constellations, url : <https://mauvaisetroupe.org/IMG/pdf/errekaleor-2.pdf> (consulté le 14 novembre 2018).

[80]Ibid.

[81]Mauvaise Troupe, Constellations, op. cit., n.p.

[82]Ainsi se présentent les membres du collectif Mauvaise Troupe dans Constellations : “Nous faisions feu de tout bois, chaque discussion, petit bout de lecture étaient avidement captés, digérés et amalgamés. Sans histoire, porteurs de ce trou immense à l’intérieur, impartageable, cela se traduisait par des logorrhées, écritures fleuves, théories du complot en tout genre.”, ibid., p. 253.

[83]“Rites de passages”, Zadibao, 3 juillet 2018, url : <https://zadibao.net/2018/07/03/rituelle/> (consulté le 14 novembre 2018).

[84]“S’il y a un sens du réel, et personne ne doutera qu’il ait son droit à l’existence, il doit bien y avoir quelque chose que l’on pourrait appeler le sens du possible.” Robert Musil cité dans Mauvaise Troupe, Constellations, op. cit. p. 302.

[85]Voir Mathilde Roussigné, op. cit.

[86]Pour une analyse du registre épique dans les textes et pratiques de Mauvaise Troupe, voir ibid.

[87]Walter Benjamin, op. cit.

[88]Patrick Chamoiseau, “Frères migrants. La déclaration des poètes”, 2017, url : <https://blogs.mediapart.fr/loic-cery/blog/180517/freres-migrants-de-patrick-chamoiseau-notre-parole-primordiale> (consulté le 23 mars 2020).

[89]Walter Benjamin, op. cit. p. 57.

[90]Patrick Chamoiseau, op. cit.

[91]Guy Debord, “Réponse de l’Internationale lettriste” dans Oeuvres, Paris, Gallimard, 2006, <Quarto>, p. 119.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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