La France, ce serait maintenant.
Micro-généalogies contemporaines
La seule chose qui ne change pas est
qu’il semble chaque fois qu’il y ait
“quelque chose de changé en France”.
Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs (en exergue de Taba-Taba, Patrick Deville)
1 Les récits contemporains ne cessent d’interroger un présent à venir à travers des strates temporelles que l’enquête met en branle, en mouvement, en suspens[1]. En ce sens, la France y apparaît moins comme un ici fédérateur, qu’un maintenant que l’écriture peine à saisir, dans un geste qui se définit toujours en décalage, en retard. Par d’incessants jeux de marelle entre histoire et Histoire, le récit contemporain est le creuset d’une réflexion renouvelée sur la France, en la modalisant (par un kaléidoscope d’éclats temporels et de déplacements géographiques), en la décollant surtout de l’idéologie contemporaine ou des impensés du moment. À ce titre, le modèle généalogique cristallise cette exploration décentrée de la France : en contrepoint de l’Histoire, l’écriture arase l’événementiel, greffe du récit en place des élagages collectifs, examine les blessures mémorielles. Le resserrement focal sur un arbre familial n’est donc pas la négation solipsiste d’une appartenance à un vivre ensemble français, mais une réflexion sur un devenir ensemble français.
2 Je propose de nommer micro-généalogies ces entreprises littéraires qui croisent micro-storia et récit de soi : l’écrivain expérimente une historiographie littéraire sur un ascendant, à partir d’archives (notamment familiales), en jouant sur les échelles (temporelles, spatiales, sociales) ; le récit, non linéaire, permet l’analyse d’un parcours individuel configuré (et non déterminé) par des nœuds de relations. Cette désignation ne vise pas à se substituer aux catégories déjà en usage : “récit de soi transpersonnel à dominante généalogique” (Bruno Blanckeman), “récit de filiation” (Dominique Viart) ou “roman généalogique”[2], mais à en colorer une tendance : ce n’est pas tant la quête des origines (je au prisme des miens disparus) qui polarise la valeur heuristique des micro-généalogies, que le questionnement sur ce qui trame un présent commun à l’écrivain et ses contemporains. Autrement dit, l’élection d’une vie ordinaire, en marge de l’Histoire officielle, se justifie par un prétexte autobiographique (l’aïeul) et pratique (l’accès à des archives privées) mais interroge moins l’héritage singulier de l’écrivain que la possibilité d’un héritage partagé. Alors que “le récit de filiation est un substitut de l’autobiographie”[3], la micro-généalogie tend quant à elle à embarquer les archives familiales dans une micro-histoire.
3 Le roman Taba-Taba (2017) de Patrick Deville et l’enquête intitulée Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012) d’Ivan Jablonka[4], tous deux parus aux éditions du Seuil, arpentent l’histoire de France au gré d’une écriture qui y cherche son lieu, en opérant un double pas de côté : l’autobiographie est détournée par les bribes biographiques des ascendants, quand l’essai historique est emporté par des élans fictionnels. Fondées sur un travail d’archives, ces deux micro-généalogies opèrent, chacune à sa manière, une traversée de la France sans oblitérer le moment, toujours fuyant, de l’écriture ; ce geste ouvre un questionnement simultanément éthique, sociologique et littéraire.
Temporiser la France d’aujourd’hui
4 Le récit mémoriel est interrogé dans sa performativité : loin de figer la France dans ce qu’elle incarne actuellement, les micro-généalogies recensent les traces d’un passé familial et les font advenir à l’Histoire de France. Or ces investigations littéraires, en s’engageant dans l’écriture de l’histoire collective, ne dissimulent pas leurs limites : ces remontées généalogiques ne masquent ni l’oubli (des témoins) ni les silences (des archives) ; elles se situent au présent de l’écriture mais effacent l’histoire événementielle contemporaine. Comme l’observe Dominique Viart sur l’héritage mis en question dans les récits de filiation depuis trente ans, “c’est toujours le présent qui est concerné, et tente désespérément de se saisir depuis l’évocation d’un passé jamais achevé[5]. En ce sens, l’archéologie filiale d’un pays, d’une culture et d’un patrimoine ne cesse de différer l’essentialisation de “la France comme identité”[6] ou de temporiser les réflexes identitaires (dont la famille n’est qu’un des symptômes). La réflexivité de ces récits de filiation permet simultanément de faire vaciller et d’actualiser les états et les possibles de la France par ceux qu’elle était, dans une oscillation entre trop plein documentaire et évidement du souvenir.
5 Patrick Deville et Ivan Jablonka sont tous deux mus par un indéniable goût de l’archive – pour reprendre le beau titre de l’essai d’Arlette Farge – qu’ils scénarisent et problématisent. Dans Taba-Taba, l’enquête pour “retrouver dans les archives de Monne un siècle et demi de confettis français et les fantômes de l’enfance” (TT 41) est mise en intrigue : le récit de la découverte de “trois mètres cubes d’archives” dans “l’immense capharnaüm” de la grand-tante Eugénie, surnommée Monne, est retardé à l’avant-dernier chapitre (TT 422) ; les tribulations sur les traces des aïeux en France, interrompues de quelques intermèdes au Nicaragua, en Égypte ou en Suisse, impulsent un mouvement romanesque à la compilation d’une masse importante de documents – entretiens, archives privées (photographies, lettres) et officielles (coupures de presse, annuaires, manuels, discours, mémoires). L’enquête est également scénarisée dans Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus qui déploie, selon la formule de Laurent Demanze, “tout un romanesque de l’archive, entre sensualité de la recherche et épiphanie de la découverte”[7].
6 Cette gravitation du récit autour de l’entreprise généalogique passe par le recours massif aux temps du récit (chez Patrick Deville) ou plus systématique au présent narratif (chez Ivan Jablonka). Or l’orientation à rebours du présent (telle une cellule de rétrospection ou d’actualisation du passé) tend à mettre à distance la France d’aujourd’hui, moins pour l’éloigner temporellement que pour mettre en suspens les questions identitaire et nationale. Ainsi les attentats de 2015 sont très peu présents dans Taba-Taba, dont le compas narratif s’étend pourtant jusqu’au printemps 2017[8]. Les événements sanglants de Charlie Hebdo puis du Bataclan, du Stade et des terrasses parisiennes, avec ses cortèges de manifestations et de déclarations sur ce qui fait la France et crée son identité y sont moins oblitérés que temporisés par une écriture qui en retarde le récit ou renvoie aux titres des journaux : “En une du quotidien Libération le 11 janvier 2015 : Nous sommes un peuple. Le Parisien du lundi 12 : Hier, le peuple de France s’est levé(TT 136). La marginalisation de l’événement le plus immédiat est en soi signifiante : le récit se distancie de l’immédiateté et se décolle du discours médiatique ; l’importance historique de l’actualité la plus brûlante semble réévaluée selon un point de vue global et quantitatif (dont le nombre de victimes) qui ne déplairait pas à l’École des Annales. Le narrateur adopte une posture de surplomb nonchalant : attablé avec le romancier égyptien Mahmoud Tawfik “quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo”, il converse “devant une bouteille de vin blanc frais et des harengs pommes à l’huile, évoqu[e] la situation du monde musulman dans son ensemble et plus particulièrement au Caire et à Paris” (TT 45-46) ; ailleurs, il met en perspective les chiffres, les “centaines de ses ressortissants” combattant “dans les rangs des djihadistes de Daesh – et presque aucun dans ceux des Kurdes syriens laïcs et démocrates” (TT 202), recense les “attentats avérés et déjoués en France ces sept derniers mois” (TT 202), puis, sans transition, revient en 1940 sur la caserne des Tourelles – ce centre de rétention menant à Auschwitz “les étrangers juifs et les apatrides” parmi lesquels “Dora Bruder, dont Patrick Modiano retrouvera la trace dans une petite annonce de Paris-Soir(TT 204). Une hypothèse se glisse subrepticement, à la fin d’un chapitre, quand est évoquée la rencontre, passée inaperçue, de l’ambassadeur M. Constans avec le Cheik à Constantinople en 1899 pour que la France “combatte les intrigues qui tendent à la représenter comme un adversaire de l’islam” (selon les termes du journaliste de L’abeille) ; et le narrateur de conclure, avec toute l’ambiguïté du conditionnel : “Et l’on pourrait pincer comme un bout de laine cette visite diplomatique, dévider la pelote de l’histoire de la France et de l’islam depuis plus d’un siècle jusqu’aux attentats de Charlie Hebdo(TT 66). La relégation de l’immédiate actualité n’est donc pas symptomatique d’une neutralité mais d’une réserve, d’une prudence face au présentisme et aux raccourcis (heuristiques et idéologiques) : aussi le rappel du lieu de naissance des frères Kouachi et de Coulibaly est-il présenté comme une “digression” favorisée par un trajet en voiture, “compliqua[n]t un peu la réflexion” sur la notion de peuple que l’enquêteur “abandonn[e] pour l’instant” (TT 137).
7 La mise en sourdine – et non au silence – de l’actualité s’observe autrement dans Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, le présent de l’enquête filtrant le bruit contemporain et réactualisant les faits dans leur incertitude. Le passé n’est pas révolu et réanimé par l’écriture mais présent et animé dans sa virtualité, sans être écrasé par un savoir rétrospectif sur ce qui est ensuite advenu. Dans la micro-généalogie d’Ivan Jablonka, la recherche de traces (documents, lieux mais aussi témoignages) reconfigure le tracé de l’enquête mémorielle et évacue le bruit ambiant. L’enquête ne vise pas seulement la reconstitution (probabiliste) du passé, elle semble vouloir conjurer l’itération de l’histoire – en dehors des bribes citationnelles, l’imparfait, ce temps itératif par excellence, est d’ailleurs évité. Aussi la remontée dans le temps et l’arpentage des lieux (re)tracés lors de l’enquête misent-ils sur les contrastes entre passé et présent mais, plus subtilement, sur des similitudes implicites qui valent avertissements :
Remontons pour commencer la rue d’Eupatoria [...]. Un renard et une cigogne, comme dans la fable, observent depuis une vitrine les enfants de Juifs polonais, hongrois, roumains ou lettons qui reviennent de l’école de la rue Julien-Lacroix (aujourd’hui, il y a une plaque à leur mémoire, mais, à l’époque, le directeur se plaint du nombre croissant d’étrangers). (HGP 246)
8 L’ambiguïté du présent (d’actualité, d’habitude ou de narration) tend à superposer les strates temporelles pour faire résonner, à toute époque, les plaintes xénophobes. La conflagration entre présent et passé, dans un geste conjuratoire, scande par intermittences le livre, en quelques formules comminatoires face aux dangers de réitérer le passé dans ce qu’il a de plus irrémédiable. Ainsi la brosse du présent décape les locutions figées, à l’instar des “sans-papiers juifs de ma famille” (HGP 127) où s’entrechoquent la mémoire de l’extermination des Juifs et le refus d’accueillir les étrangers aujourd’hui. Ivan Jablonka s’en explique d’ailleurs dans son essai L’histoire est une littérature contemporaine : “L’anachronisme maîtrisé traduit une réalité pour les lecteurs d’aujourd’hui. [...] ces outils sont des fictions de méthode, au sens initial de fictio, c’est-à-dire des fabrications intellectuelles capables de s’écarter des faits précisément pour penser les faits”[9]. Paradoxalement, l’anachronisme dans l’Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus me semble opérer un décrochage vis-à-vis du présent (plus que du passé) : le carambolage lexical provoque une réflexion comparatiste du lecteur entre les époques et pointe notre adhésion à l’actuel pour en susciter la discussion.
Filer et détendre les liens d’appartenance
9 Bruno Blanckeman distingue deux modèles de récits de soi contemporains : autofictionnel et transpersonnel (avec deux versants, généalogique et ethnographique)[10]. L’entreprise généalogique s’illustre notamment chez Pierre Bergounioux (La maison rose, 1987), Richard Millet (La gloire des Pythre, 1995), Jean Rouaud (Les champs d’honneur, 1985) ou encore Pierre Michon (Vies minuscules, 1984). Les écrivains recomposent un arbre généalogique élagué par les silences et les non-dits pour reconstituer la préhistoire de leur personnalité. Or dans Taba-Taba comme dans Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, la notion d’appartenance se déplace : l’appartenance à la France est médiée par celle, instable, à la famille – sur fond de deuil et de silence (les aïeux disparus d’Ivan Jablonka, qui part en quête de leurs traces matérielles et mémorielles), ou au contraire de trop plein (la surabondance d’archives de la famille Deville). Dans cette perspective, j’emprunterai à la sociologie fonctionnaliste la distinction entre le groupe d’appartenance (que Robert K. Merton définit selon trois critères, l’interaction de ses membres, l’autodéfinition de l’individu comme membre du groupe et l’hétérodéfinition du groupe par d’autres)[11] et le groupe de référence (un individu pouvant se référer aux normes et aux valeurs d’un groupe auquel il n’appartient pas)[12]. Mon hypothèse de lecture revient à considérer les deux récits d’Ivan Jablonka et de Patrick Deville comme l’orchestration d’un ensemble de références françaises (la France, c’était) qui permet de repenser l’appartenance à la France (maintenant). Une précaution est ici de mise : dans ces deux livres, le lien familial n’établit pas, entre l’objet et le sujet de l’écriture, une relation d’appartenance (filiale et, par extension, patrimoniale voire nationale) qui aurait pour fonction de sceller l’identité de l’écrivain ; il semble plus pertinent de percevoir la trame généalogique tel un métier à tisser un texte-recherche, autrement dit un canevas guidant et relançant l’écriture, situant et questionnant la situation de l’écrivain par rapport à ceux qu’il écrit et à qui il écrit.
10 Si Patrick Deville envisage les générations futures sans en particulariser les figures, Ivan Jablonka arrime discrètement son enquête à la dernière génération de sa famille, dans une dédicace qui clôt la page de remerciements, avec la pudeur et l’insistance du dernier mot : “Ce livre est dédié à Raphaëlle, Héloïse, Arthur, Clémence et Louise – lumière de nos vies” (HGP 426). Car les liens familiaux sont à retisser (en enquêtant sur les grands-parents disparus, aux traces évanescentes pour Ivan Jablonka ou en s’immergeant dans les lieux parcourus par les précédentes générations pour Patrick Deville) et, tout autant, à relâcher. En effet, le narrateur de Taba-Taba met à distance son appartenance familiale en évitant le possessif lorsqu’il nomme ses ascendants, pour objectiver ces anonymes de l’Histoire et les placer tels des inconnus sous la loupe du romancier-archiviste. Ce dispositif énonciatif ne vise pas à susciter une illusoire neutralité mais à réactualiser les nœuds affectifs qui attachent la famille Deville : les figures familiales les plus récurrentes sont désignées par des diminutifs donnés de leur vivant par leurs proches, tels Loulou (le père) ou Monne (la grand-tante) ; les repères chronologiques suffisent à suggérer leur lien avec le narrateur. Cette relation décentrée à la famille est métonymique du lien à la France que met en scène l’œuvre romanesque de Patrick Deville, alliant la proximité affective à la curiosité distancée.
Détourer les France
11 Ce souci de situer chacun des personnages de ses “petites bandes”, qui se croisent d’un roman à l’autre, détoure différentes formes de la France : sans écraser les perspectives depuis un point de vue franco-centré, Patrick Deville ouvrage diverses représentations de la France, leur redonne forme en fonction de leur situation historique en éliminant, momentanément, ce qui pourrait en brouiller le contour. En d’autres termes, la France n’apparaît ni monolithique ni informe, mais d’une étrange familiarité : “depuis des mois je venais de circuler en France et de chercher au loin des petites traces de ce pays que j’aimais immodérément, tentais de comprendre un peu, dont je cherchais à résoudre l’énigme familière” (TT 414-415).
12 La “France” (plus de trois cents occurrences dans Taba-Taba) ne trouve ainsi aucun équivalent lexical : non qu’elle soit anecdotique dans le projet de Patrick Deville, mais parce qu’elle aimante l’enquête et déboussole les tentatives définitoires. Ce souci de situer et de questionner les France (je reprends le titre de Pierre Nora) se traduit par une utilisation en mention des termes patrie (et compatriote), nation, pays, République, peuple, sans qu’un possessif n’établisse un lien d’appartenance entre ces abstractions et le narrateur[13]. Ce sont des instantanés idéologiques (nationalistes, patriotiques, républicains, naturalistes ou même régionalistes) que charrie l’écriture en traversant les discours sur la France, depuis les échanges épistolaires jusqu’aux titres officiels en passant par les chansons populaires d’après-guerre, les coupures de presse ou encore les déclarations et les écrits de célébrités (littéraires et/ou politiques). Le romancier exploite les ressorts dialogiques du roman pour mettre en tension les stéréotypes linguistiques et culturels :
le Louvre est le musée le plus visité au monde, dans une avalanche de chiffres et de graphiques propre à froisser notre légendaire modestie, mais propre aussi à réfuter cette agaçante propension française à se tirer des balles dans le pied. Proust notait déjà cette ‘habitude dans notre douce France où l’on aime à se calomnier soi-même’, attitude d’ailleurs paradoxale, puisqu’on peut soupçonner, dans cet autodénigrement, l’ambition démesurée d’une grandeur inévitablement déçue, quelle que soit son ampleur. (TT 135-136)
13 Patrick Deville mène son histoire de la France non seulement en retissant les liens entre les Français illustres et inconnus, les dates connues et méconnues, mais en interrogeant les invariants discursifs sur la France. Les commentaires du narrateur[14] visent à isoler, dans la matière même du discours, des normes culturelles incorporées en les détourant de réflexes conjoncturels : “Je songeais que l’attentat dans les locaux de Charlie Hebdo avait réveillé le terme de peuple que la presse n’utilisait plus qu’au sens figuré” (TT 136). La démarche diachronique n’interdit pas les embardées transhistoriques :
plusieurs écrivains des États-Unis s’élevaient dans les journaux contre l’attribution, à Washington, d’un prix de la liberté d’expression à Charlie Hebdo, articles dans lesquels on pouvait lire des accusations portées contre la France et sa laïcité exacerbée – accusations que Pétain portait déjà à l’encontre de la République –, écrivains auxquels Salman Rushdie avait tout de même rabaissé le caquet. (TT 35)
Ici sont mis sur le même plan des groupes d’appartenance disjoints (les écrivains américains d’aujourd’hui et les pétainistes de l’Occupation), qui tous rejettent l’identification de la France à la laïcité. Des positions idéologiques hétérogènes se télescopent pour dire, en creux, les valeurs (démocratiques et libérales) en lesquelles le narrateur (se) reconnaît (dans) la France. Incidemment, l’attention porte moins sur l’appartenance (vichystes ou lettrés contemporains de l’Amérique du Nord) que sur la référence (la liberté d’expression vs. le communautarisme ou la “Révolution nationale”). L’analogie, glissée en une brève incise, comme en aparté, ouvre une réflexion sur la France comme système interdépendant et inclusif, loin de toute forme de radicalisme, de repli et d’exclusion.
Ramifier les appartenances
14 La relation d’appartenance à la famille, métonymique de la France, paraît à première vue moins instable chez Ivan Jablonka : désignée comme ma famille (France), sa branche généalogique contraste avec ses cousines (famille d’Israël, famille d’Argentine, famille d’URSS)[15] ; la parenthèse se substitue à la préposition “de” pour instaurer une relation ambivalente (provenance, appartenance ou équivalence ?) entre la famille et la France. Pourtant, l’appartenance familiale ne fonde pas un socle identitaire, l’écrivain soulignant ce qui le distingue de ses aïeux : “Mon franco-judaïsme assimilé contre leur judéo-bolchevisme flamboyant. Nous n’avons aucune langue en commun” (HGP 369). Or le levier de l’enquête consiste précisément à décoller les groupes d’appartenance des groupes de référence. En effet, l’historien constate que ses grands-parents, en tant que Juifs polonais, ont laissé peu de traces dans les archives de l’administration française ; en revanche, les clandestins demandant l’asile politique ont été surveillés par la Sûreté nationale qui en a abondamment archivé l’existence :
ma découverte résulte d’une simple reformulation du problème : Matès et Idesa ne sont pas d’abord des immigrés juifs – Ménilmontant, machine à coudre, accent yiddish –, mais des étrangers illégaux et, pour cette raison, ils sont surveillés par le ministère de l’Intérieur. La fécondité de ce paradoxe historien – on ne trouve pas parce qu’on cherche, mais on cherche parce qu’on a déjà trouvé – me confirme qu’il est possible de faire un livre. (HGP 133)
15 Ivan Jablonka s’immerge dans les références de ses grands-parents qui se pensent réfugiés politiques malgré les refus de l’État français, communistes polonais malgré la purge interne au parti ; il peut alors arracher l’enquête aux groupes d’appartenance pensés et exposés par l’Histoire – les Juifs exterminés dans les camps nazis. Paradoxalement, c’est en déconstruisant l’appartenance de ses grands-parents à la judaïté qu’il peut exhumer des pans oubliés de leur histoire : “Quand je dis Juifs, je referme sur mes grands-parents la chape identitaire que, toute leur vie, ils ont voulu faire sauter pour embrasser l’universel” (HGP 370). C’est en partageant leurs références internationalistes qu’il peut dresser le tableau souterrain de “la France, patrie des droits de l’homme” (HGP 126), où se tissent des solidarités minuscules et s’ourdissent des trahisons ordinaires, dénouant les liens d’appartenance nationale, religieuse, idéologique, socio-économique.
16 Traversant la France de la fin des années 1930, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus dénude une francité exclusive (des Juifs, des étrangers, surtout s’ils sont pauvres et ne parlent pas la langue française). En retour, la micro-généalogie a force inclusive, s’ouvre au présent et aux présents en convoquant les lecteurs contemporains sur les traces de ce qui modèle leur rapport au devenir ensemble : “Ces anonymes, ce ne sont pas les miens, ce sont les nôtres” (HGP 10). Ainsi les références françaises se succèdent comme autant de possibles pour redéfinir une appartenance ouverte et plurielle : excédant les frontières hexagonales dans Taba-Taba, ou les cercles communautaires dans Histoire des grands-parents.
Du déni fictionnel aux contre-histoires de France
17 Taba-Taba et Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus s’inscrivent dans la filiation des Histoires de France. Le legs de Michelet est souligné aussi bien par Ivan Jablonka qui le cite en exergue que par Patrick Deville qui hérite d’“une édition de l’Histoire de France de Jules Michelet en dix-neuf volumes” (TT 59). Une même attention à l’écriture et à la France les rassemble, même si la méthode, le compas historique ou l’arrière-plan idéologique sont dissemblables. L’héritage ne vaut donc pas acte notarié, ce que Patrick Deville souligne avec humour, revendiquant avant tout la filiation du “livre de géographie romancée”, Le tour de la France par deux enfants, qu’il entend “compléter par ce tour de la France par un vieil enfant seul au volant de la Passat jusqu’en 2017(ibid). Avec une érudition obsessionnelle et la fougue de l’enquêteur-voyageur, Patrick Deville traque les “petites traces” de la France, en suivant le fil biographique des ascendants. Cette logique, à la fois cumulative et réticulaire, fonde une poésie énumérative qui floute les frontières françaises :
Pour leur extraterritorialité si romanesque, j’aimais ces îlots de France éparpillés comme les territoires lointains de la Guadeloupe et de la Martinique, la Guyane et La Réunion, Mayotte, Tahiti et les Tuamotu, les Marquises et les Gambier, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis et Futuna, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, la Nouvelle-Calédonie, les Terres australes et antarctiques, Bassas da India, Europa et les îles Glorieuses, Juan de Nova, Tromelin et Clipperton. (TT 417)
Les noms évocateurs de la France se percutent, embrayent l’imaginaire et le retiennent : le roman “si possible sans fiction”[16] se tend vers un en-deçà de la mise en intrigue fictionnelle, ce réservoir d’histoires qui excitent et excèdent l’imagination de l’écrivain. Patrick Deville ne cède ni à la fiction romanesque ni au récit téléologique d’un peuple français dressé vers sa légende ; il préfère encrer les lieux de ceux qui croisent l’histoire française, en essaiment les rêves et les stéréotypes, à l’instar de “ces chansons romantiques tristes à pleurer qui sont aussi la France, L’Hymne à l’amour [...] de Piaf : Je renierais ma patrie... / Si tu me le demandais(TT 418).
18 Si le récit micro-généalogique exhibe sa référentialité, la fiction affleure néanmoins : imbriquée dans les fictions que s’inventent eux-mêmes les personnages-personnes ou impliquée par un réseau d’analogies. Dominique Viart insiste précisément sur la “stratégie de l’approximation” commune à la micro-histoire et aux récits de filiation, qui substituent “au récit absent du protagoniste celui d’une autre personne ayant vécu les mêmes événements, ou traversé les mêmes situations”[17]. Cet appétit comparatiste se love en des montages de citations, en des dialogues ou monologues inventés ou en des hypotyposes, qui misent sur le potentiel heuristique de la fiction. La “narration historique” elle-même a recours à “trois fictions constitutives” qu’Ivan Jablonka rappelle en se référant à Jauss : “le déroulement vectoriel d’un début vers une fin ; l’homogénéisation du récit, qui unifie des éléments disparates et gomme les lacunes ainsi que les détails superflus ; l’objectivation d’un passé qui se raconte tout seul[18]. À quoi s’ajoutent “le mode objectif, fondé sur l’expulsion du je”, l’hypotypose, l’usage du présent, la narration par symbole... Les “fictions de méthode”[19] que l’historien répertorie et revendique dans son Manifeste pour les sciences sociales répondent ainsi au déni fictionnel des travaux historiographiques. Or la dimension fictionnelle de toute historiographie n’est pas seulement perçue par un enquêteur-historien en surplomb ; les témoins, appelés à imaginer ce qu’ils ne peuvent attester, peuvent aussi se récrier : “Mais c’est de la fiction, votre truc !” (HGP 156). Et l’historien lui-même de succomber au filtre de la fiction, lorsqu’il liste les rares repères biographiques de sa grand-mère et en réinvente la fin, tel l’enfant qui, réveillé en sursaut par un cauchemar, en réécrit la fin pour se rendormir :
1922, elle va à l’école polonaise de Parczew.
1935, elle est condamnée à cinq ans de prison.
1940, elle berce mon père dans ses bras de yiddishe mamè.
1943, elle se dépêche de remonter dans sa chambre du passage d’Eupatoria.
1981, elle vient me chercher à la sortie de l’école. (HGP 373)
Consolatrice, peut-être, la fiction possède certainement une vertu critique, en mettant en tension vraisemblable et impossible, réel et utopique : dans cet extrait, l’ellipse, redoublée par le blanc typographique, marque la sortie du récit factuel pour s’aiguiller vers l’histoire qui aurait dû être. La fiction semble le lieu de la résistance au discours hégémonique et totalitaire, l’envers de l’Histoire officielle et le ferment des contre-histoires.
19 Le récit micro-généalogique de Patrick Deville peut ainsi être lu comme l’envers d’une contre-histoire empêchée, celle d’un criminel de guerre fantomatique. Le déni fictionnel dans Taba-Taba éclate dès le titre, aux promesses illusoires. Le personnage éponyme, à la “belle gueule de poète ou de prophète déjanté” (TT 11), incarne une tentation romanesque, mais l’absence d’informations sur cette vie anonyme la réduit à deux syllabes psalmodiées. L’amnésie du personnage est redoublée par la perte de toute archive : “Les archives du Lazaret ont disparu. Je ne saurai jamais le nom de Taba-Taba” (TT 19). Dès lors, la micro-généalogie des Deville a vertu compensatoire : la surabondance d’archives familiales surcharge l’écriture, traversée par quelques apparitions têtues de ce spectre de l’enfance. La pulsion fictionnelle pointe, par intermittences, lors d’hypotyposes où se télescopent la course folle de Taba-Taba “sur la berge” (TT 87) ou “le long des rails” (TT 240), et sa prostration “au fond de mon cerveau” (TT 240, 242, 430). Contrepoint d’un narrateur hypermnésique, le personnage amnésique figure le non-savoir par excellence et ne subsiste que sur le mode hallucinatoire et répétitif. Si Taba-Taba résiste à l’enquête, c’est à lui qu’est offert l’ultime chapitre (et le titre). Cette persistance du projet mémoriel, même avorté, me semble cruciale. Comment s’“amputer de Taba-Taba” (TT 426) ? L’enquêteur expose son cheminement : en écartant l’“hypothèse nicotinique” Tabac-Tabac, puis celle de l’intertexte koltésien “Tabataba”, avant de découvrir que Tabataba désigne l’insurrection malgache de 1947. La démarche historienne explore “l’hypothèse la plus romanesque” (TT 427) : vérification des dates, recherches sur “l’histoire de Madagascar, la vie des reines, celle de l’aventurier Jean Laborde devenu consul de France à Madagascar en 1862. Je l’avais ajouté à cette petite bande de Français éparpillés dont j’avais suivi les traces” (TT 428). Le livre ne peut s’achever que lorsque le désir obsédant d’archives affronte l’oubli collectif, et que l’élan romanesque impulse le geste de l’historien fouillant les silences de l’histoire française. Aussi Taba-Taba est-il déposé, in fine, à Mada, sur un lieu de mémoire excentré, “un petit musée dédié aux massacres de 47” où, en représailles de l’insurrection contre l’armée française, de “jeunes soldats apeurés” ont exécuté 166 otages dans un wagon (TT 430). Le geste romanesque épaule une révolte épistémologique face aux oublis de l’histoire de France, afin que la généalogie familiale ne fasse pas écran mais écrin au souvenir du (probable) criminel de guerre devenu fou, Taba-Taba l’amnésique qui ne sait pas le nom de son oubli.
20 Matès Jablonka, le grand-père que l’historien n’a pas connu, figure également un Janus minuscule : victime de l’antisémitisme au sein même des rangs communistes en Pologne puis en France jusqu’à sa déportation et son exécution à Birkenau, mais aussi “croque-mort” dans le camp d’extermination comme nous l’apprend finalement l’enquête. Taba-Taba et Matès œuvrent au mal qui les engloutit : raconter ces vies infâmes participe à l’élaboration de contre-histoires – non pas en un herbier d’existences minuscules à la manière de Foucault mais en centrant le récit sur une figure exemplaire et singulière pour en déplier la complexité. Dans un mouvement de bascule, le déni fictionnel ne caractérise plus l’entreprise généalogique des écrivains mais une certaine histoire de France qui peine à reconnaître ses emprunts à la fiction, ses ellipses et ses simplifications comme vecteurs de dramatisation, ou encore sa distribution parfois binaire des rôles de victime et de bourreau.
Conclusion
21 Les micro-généalogies d’Ivan Jablonka et de Patrick Deville réfléchissent dans leur genèse même les trajectoires symétriques de l’historien – qui dynamite la frontière entre sciences humaines et littérature – et du romancier – qui fonde son œuvre romanesque depuis Pura Vida (2004) sur le projet braudelien d’une histoire globale. Le roman “si possible sans fiction” (Patrick Deville) et la creative history (Ivan Jablonka) héritent de diverses traditions historiennes mais aussi de trois décennies de récits de filiation dont la forme a été expérimentée et réinterprétée à la suite de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec, les Vies minuscules de Pierre Michon, La place d’Annie Ernaux. Dominique Viart rappelle ainsi la “circulation des méthodes” et la “contamination des enjeux” entre histoire et littérature depuis trois décennies : l’enquête familiale d’Ivan Jablonka est à mettre en perspective avec l’Histoire de la Shoah relayée par les descendants des victimes, la micro-storia de Carlo Ginzburg et Carlo Poni (qu’Alain Corbin popularise en France), l’égo-histoire portée par Pierre Nora, d’autant que les pratiques littéraires et historiennes ont généré diverses formes d’écriture (récit de filiation, fictions biographiques et romans archéologiques)[20]. L’entreprise d’Ivan Jablonka est également précédée, une génération plus tôt, au lendemain de la guerre, par les récits testimoniaux de la Shoah signés par des plumes précises et audacieuses (dont Robert Antelme, Primo Levi, David Rousset ou Jorge Semprún). Dans cette perspective, les récits micro-généalogiques appellent une méthode post-disciplinaire[21], pour comprendre comment les virtualités fictionnelles transforment la matière narrative et historique, pour questionner les liens d’appartenance (par la médiation de la lignée familiale, elle-même hachée). Les archives familiales initient en effet une enquête micro-historique, qui invite à une éthique de l’adhésion critique, au gré des analogies et des anachronismes que met en branle le récit. Les jeux d’échelles et de points de vue favorisent ainsi l’écriture d’une contre-histoire de France, résistant au réconfortant “Il était une fois la France” pour l’indécision modale du “ce serait la France”.
Aline Marchand
Université Sorbonne Nouvelle

Notes


[1]Laurent Demanze montre une “obsession de l’enquête” chez les écrivains contemporains, à la croisée de la littérature et des sciences humaines (Laurent Demanze, Un nouvel âge de l’enquête. Portraits de l’écrivain contemporain en enquêteur, Paris, Corti, ‹Les Essais›, 2019).

[2]Voir respectivement : Bruno Blanckeman, chap. “Retours critiques et interrogations postmodernes”, in Michèle Touret (dir.), Histoire de la littérature française du XXe siècle, tome 2, Rennes, Presses universitaires de Rennes, ‹Histoire de la littérature française›, 2008, particulièrement p. 486 sq. ; Dominique Viart, “Filiations littéraires”, in Jan Baetens, Dominique Viart (dirs), Écritures contemporaines 2, Caen, Minard, 1999, p. 115-139 ; Claire de Ribaupierre, Le roman généalogique. Claude Simon et Georges Perec, Bruxelles, La Part de l’Œil, ‹Théories›, 2002 et Elke Brems, chap. 6 “Identité et fiction : la prose flamande d’après 1970”, in Olivier Luminet (dir.), Belgique – België. Un état, deux mémoires collectives ?, Brussel, Mardaga, 2012, p. 117-136.

[3]Dominique Viart, chap. “Récits de filiation”, in Dominique Viart, Bruno Vercier (dirs), La littérature française au présent. Héritage, modernité, mutations [2005], Paris, Bordas, 2008, p. 80.

[4]Patrick Deville, Taba-Taba, Paris, Seuil, ‹Fiction & Cie›, 2017 (désormais abrégé TT) et Ivan Jablonka, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus. Une enquête, Paris, Seuil, ‹Points›, 2012 (désormais abrégé HGP).

[5]Dominique Viart, chap. “Récits de filiation”, op. cit., p. 88-89.

[6]Pierre Nora, L’histoire des âges récents. Les France, vol. III, Paris, Gallimard, 1993, p. 1010.

[7]Laurent Demanze, “Les enquêtes d’Ivan Jablonka : entre histoire et littérature”, Les Temps modernes, 72e année, n° 692, janvier-mars 2017, p. 198.

[8]La quatrième de couverture présente Taba-Taba comme une “grande fresque romanesque [allant] de Napoléon III aux attentats qui ont ensanglanté récemment le pays”, pourtant les rares mentions des attentats de 2015 ont conduit l’équipe “Écrire le 13 novembre, écrire les terrorismes” (animée par Catherine Brun, en lien avec le programme de recherche transdisciplinaire 13-Novembre, piloté par Denis Peschanski et Francis Eustache) à l’exclure du corpus premier.

[9]Ivan Jablonka, L’histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales [2014], Seuil, 2017, p. 205-206.

[10] Voir Bruno Blanckeman, op. cit.

[11] Robert K. Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Paris, Armand Colin, 1997, p. 236.

[12] Ibid., p. 198-290.

[13] L’exception renforce le dispositif a-possessif du roman, comme l’illustre la référence ironique à De Gaulle et à Bernanos : “Même si m’avait effleuré l’idée de suivre cette histoire du canal et de demeurer au Nicaragua, je me savais embarqué depuis quelques jours dans ce projet monnesque, et, retrouvant de mémoire le télégramme envoyé après la Libération par de Gaulle à Bernanos encore au Brésil, Votre place est parmi nous, je sentais que ma présence y était absolument requise, que je ne pouvais me dérober à l’appel de mes compatriotes impatients, sur le point de s’assembler sur l’esplanade du Trocadéro, de se diriger en foule vers le Quai d’Orsay pour exiger mon retour et me placer à la tête d’un Comité de salut public” (TT 40).

[14] L’ironie ne repose pas toujours sur un commentaire, mais simplement sur l’effet de citation ; ainsi de Monne, recopiant sur son cahier d’écolière “cette phrase unique : Tout homme a deux patries : la sienne et puis la France” (TT 83) : la redondance dans l’expression patriotique est, en soi, significative.

[15] Voir dans l’annexe 1 “Famille Jablonka (arbre simplifié)” (HGP 416).

[16] Patrick Deville dans un entretien avec Marc Dambre, le 22 février 2013, lors du séminaire du Ceracc, à la Sorbonne. URL : http://cahiers-ceracc.univ-paris3.fr/entretiens.html, consulté le 21 novembre 2019.

[17] Dominique Viart, “La mise en œuvre historique du récit de filiation : Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus d’Ivan Jablonka”, RSH, n° 321, janvier-mars 2016, p. 94.

[18] Ivan Jablonka dans L’histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales, op. cit., p. 206.

[19] Ibid., p. 187-216.

[20] Dominique Viart, “La mise en œuvre historique du récit de filiation”, op. cit., p. 83-100.

[21] C’est le vœu d’Ivan Jablonka dans L’histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales, op. cit.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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