Fictions “françaises”https://www.lexpress.fr/culture/livre/eric-raoult-veut-faire-taire-marie-ndiaye_827299.html, consulté le 15 novembre 2019.
1 On se souvient de l’épisode : en 2009, en pleine Assemblée nationale, Eric Raoult fustige l’écrivaine Marie NDiaye, tout juste prix Goncourt, qui avait traité la France de Sarkozy de “monstreuse”[1] et s’était réfugiée à Berlin : “le message délivré par les lauréats [du prix Goncourt] se doit de respecter la cohésion nationale et l’image de notre pays” avance le député de droite, rappellant mutatis mutandis le lointain souvenir du procès intenté à Lucien Descaves en 1889 pour s’en être pris à l’armée dans les Sous-Offs, si ce n’est les années 1920, où l’Action française voulut promulguer au nom de son “nationalisme intégral” ce qu’elle appella elle-même une “police des lettres”[2]. Si le projet de ce numéro de revue a pu faire l’objet de réactions outrées, guidées par l’opportunisme et la malveillance[3], c’est bien parce que la question des rapports entre littérature et nation est en France un terrain passablement miné, l’affaire Marie NDiaye, écrivaine née à Pithiviers mais considérée fréquemment, du fait de sa couleur de peau, comme “étrangère de langue française” et écrivain “francophone” malgré toutes ses dénégations[4], l’ayant suffisament montré. “Je crois que le thème de l’identité française s’impose à tout le monde, qu’on soit de gauche, de droite ou du centre, de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. […] Pour un historien, il y a une identité de la France à rechercher avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité” avançait avec sagesse Fernand Braudel en 1985[5], comme pour prévenir le retour de l’extrême-droite dans le champ des idées. Mais aujourd’hui, alors qu’un Jonathan Coe peut faire paisiblement le tableau d’une Angleterre minée par le débat sur le Brexit dans Middle England, réfléchir à l’inscription littéraire des œuvres françaises et francophones dans leur langue, analyser des représentations du territoire ou s’intéresser à l’image que la culture française donne d’elle-même, expose celui qui en prend l’initiative au risque de raviver de vieilles querelles autour du nationalisme littéraire.
2 La question en est ancienne et commune à tous les pays européens, puisque la construction de la notion de littérature comme champ autonome est indissociable de la construction des états-nations modernes au début du XIXe siècle, mais elle prend un relief tout particulier dans un pays, où, comme l’a encore montré récemment Anne-Marie Thiesse, “les écrivains sont investis d’une double fonction de représentation de leur nation”, “par leur œuvre qui donne à la nation conscience d’elle-même et l’illustre sur la scène internationale” et par “leur personne aussi puisque le transfert du religieux sur le culturel en fait des incarnations de l’âme nationale”[6]. Si l’institutionalisation étatique de la littérature sous l’Ancien Régime à l’heure des Académies a resserré le lien entre le pays et sa littérature, c’est à l’époque romantique, au moment où se forment les nations européennes, que l’écrivain devient l’ambassadeur de la nation et que la littérature se voit pensée comme l’incarnation même de l’unité culturelle refondée après la Révolution, du “génie” français, et le garant d’une unité culturelle refondée après la Révolution. Ce mouvement s’accompagne de ce que Stéphane Zékian nomme “la littérarisation de l’identité nationale”[7], c’est-à-dire à la fois la production de récits et fictions historiques sur la longue durée – pensons par exemple à Michelet – et la redécouverte du patrimoine littéraire national ancien, dont l’exhumation du folklore et des textes français médiévaux est la ligne de force. De Madame de Staël pour qui en 1800 “l’amour de la patrie est une affection purement sociale”[8] à Ernest Renan qui en 1882 défend l’idée que la nation est “un principe spirituel, résultant des complications profondes de l’histoire” et “ne dépend pas de l’héritage d’un sol”[9], la littérature est l’élement central d’une construction collective et d’une unité spirituelle entrant en dialogue heureux avec les autres identités nationales, sans que ni la langue ni le sol déterminent une essence immuable – lorsque Désiré Nisard, historien officiel de la littérature à l’Ecole normale supérieure fera de l’art un “fruit du sol”[10], il sera moqué par Sainte-Beuve qui parlera d’un “chauvinisme transcendantal[11].
3 Avec l’affaire Dreyfus et la Guerre de 1870, naît cependant ce que Gisèle Sapiro nomme un “moralisme national” : “la sacralisation de la patrie engendre une tension avec d’autres valeurs de la République, la liberté d’expression, la justice”, analyse la spécialiste[12]. Une assignation patriotique étroite en vient à peser sur les écrivains, rendant problématique le lien, précédemment consensuel, de la nation et de sa littérature[13]. Cette tension va s’accroître avec la naissance d’un nationalisme réducteur qui cherche à refonder une continuité historique faisant fi de la rupture de la Révolution française et à enrégimenter les écrivains au service de cette idée. Le principe esthétique d’autonomie de la littérature avait permis aux écrivains du XIXe de participer à l’histoire culturelle nationale en acquiesçant à la construction d’une société post-révolutionnaire par l’école de la République, pour laquelle l’enseignement de l’histoire littéraire était une manière de comprendre l’esprit français[14]. Mais au XXe siècle la perte de l’autonomie de la littérature en contexte de conflit mondiaux conduit les écrivains à prendre position pour ou contre le nationalisme, en lui opposant l’internationalisme ou le pacifisme, puis à choisir leur camp parmi les versions possibles de ce nationalisme – identitaire ou républicain. Ainsi, comme le démontre encore Gisèle Sapiro, “de toutes les sanctions prononcées à la Libération, celles prises à l’encontre des écrivains apparaissent à la fois commes les plus sévères et les plus spectaculaires”[15] : face à l’histoire nationale, la responsabilité de l’écrivain est désormais déterminante.
4 Après-guerre, les débats vont se déplacer vers la problématique de la décolonisation, de ses conséquences et de ses limites. Dans les années 2000, avec la renaissance d’un nationalisme politique xénophobe, la position de l’écrivain par rapport à la question nationale se fonde sur des bases nouvelles : considérée comme suspecte par une partie de la gauche, l’idée nationale va être abandonnée par les écrivains à la droite. L’idée de la nation et son vocabulaire, contaminés par des visions essentialistes et rétrogrades de l’identité, à l’heure où la globalisation néo-libérale suscite des replis culturels, vont se trouver au cœur d’un travail de déconstruction critique, mené par des écrivains qui poursuivent à la fois une réflexion sur la langue et un travail sur les représentations. Pour donner un exemple très récent, dans Une histoire de France de Joffrine Donnadieu, roman paru à la rentrée littéraire 2019, France est une femme de militaire, mère indigne abusant sexuellement d’une enfant de 9 ans, Romy, dont on lui confie la garde. Tout le récit, cru et terrible, sera celui de la descente en enfer de Romy jusqu’à ce que l’aveu des abus qu’elle a subis lui permette d’espérer se reconstruire. Dans ce roman de la France profonde, celle des casernes et des MacDo de Toul, qui rejoint les plus féroces critiques sociales de ces dernières années, d’Édouard Louis à Nicolas Mathieu, la France, idée historique aliénante et réalité territoriale suffocante, est allégoriquement mise en accusation, assignant au romancier la mission de nous libérer de la France comme on se libère d’une domination subie et enkystée.
5 Alors que nombre d’écrivains prennent directement pour cible le renouveau du nationalisme, la France devient un enjeu central pour la mission critique que s’assigne la littérature française et francophone, de l’enquête de terrain jusqu’à ces formes extrêmes constituées par des dystopies mettant en scène une possible guerre civile (par exemple À l’abri du déclin du monde de François Cusset de 2012 ou Jean Rolin, Les événements, 2015, parcours d’une France ravagée). Tout autant que les récits se portant sur le passé colonial de la France, qu’ils soient nés sous la plume d’un Didier Daeninckx ou d’une Assia Djebar, l’importance de la question des migrants, des sans-papiers, du racisme ordinaire, est le signe de cette interrogation inquiète sur la perte des valeurs d’hospitalité et d’accueil sur lesquelles une identité heureuse et ouverte de la France a pu être fondée : c’est ainsi que Douce France de Karine Tuil s’immerge dans la vie quotidienne en centre de rétention d’une roumaine sans papiers en 2007. Nombre de livres lui font écho, comme La Mer à l’envers de Marie Darrieussecq (2019), Le ventre de l’Atlantique de Fatou Diome (2003), Frères migrants de Patrick Chamoiseau (2017), Eldorado de Laurent Gaudé (2006), Trois femmes puissantes de Marie NDiaye (2009), Lampedusa de Maryline Desbiolles (2012), Indétectable de Jean-Noël Pancrazi (2014) ou L’art de perdre d’Alice Zeniter (2017). “Une guerre civile divise la France, comme tous les pays qui suspendent le droit de certaines personnes en criminalisant leur simple existence. Elle oppose les étrangers ‘indésirables’, comme vous dites, et les forces de police”[16], note avec amertume un des personnages de Yannick Haenel dans Les renard pâles (2013), dont le leitmotiv est “La France, c’est le crime”.
6 Ces gestes politiques de la littérature cherchent à établir des contre-feux aux discours nationalistes dont la ligne est incarnée, dans une tradition ouvertement barrésienne, par un Eric Zemmour. Elles visent à déconstruire les différentes formes d’identités françaises en tant qu’elles sont des formes de domination pour les réaménager par un discours d’accueil, ouvert au multiculturalisme ou du moins à ces valeurs de l’hospitalité, dont des écrivains comme Marie Cosnay ou Alice Kaplan viennent nous rappeler l’importance. L’évocation des crimes coloniaux et des tensions sociales contemporaines vise à écarter les dangers d’une identité conçue comme une essence éternelle, pour y opposer une autre identité de la France, celle de l’humanisme républicain qu’avait incarné par exemple Renan. La défense des migrants, passant à la fois par la lutte contre leur invisibilisation et par des mobilisations publiques (comme le collectif Osons la fraternité ! qui, en 2018, sous la direction de Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris réunissait les plumes d’auteurs aussi variés que Lola Lafon et Jean-Marie-Gustave Le Clézio, Jean Rouaud et Chantal Thomas), constitue un point nodal de l’action littéraire contemporaine. Celle-ci fait, au contraire, l’éloge du métissage et de l’hétérogénéité culturelle – la sape romanesque d’Alain Mabanckou fait éclater au grand jour le choc des cultures, des postures et des imaginaires dans son Black Bazar (2009), autrement dit Paris, espace autant réel que fantasmé que la protagoniste de Blues pour Élise (2010) de Léonora Miano s’approprie sans pathos exilique pour explorer, frénétiquement mais délibérément, son identité frontalière. Dans ces discours, la nation ne peut plus être conservée que comme une modalité de notre désir et comme le lieu où se construit non l’identité, mais la relation ; selon le mot d’Edouard Glissant “la nation est réconsidérée par la littérature comme un visible et un invisible à la fois. Parce que toutes les grandes littératures de la nation ont ménagé le passage à la Relation”[17].
7 Le champ littéraire n’est pas homologue du champ politique. On ne saurait opposer à ces écritures critiques des formes modernes de nationalisme littéraire, à la Maurras, telles qu’on les a connues dans le passé et qu’elles ont contribué depuis le XIXe siècle à la construction de ce que dans un ouvrage célèbre, Benedict Anderson a nommé la “communauté imaginée”[18]. Même les œuvres littéraires des théoriciens et contempteurs du supposé “grand remplacement”, se sont gardées de tels écueils essentialistes : on ne le retrouve ni dans le cycle de la Gloire des Pythre de Richard Millet, ni même, malgré ses dérives antisémites, dans le Journal de France de Renaud Camus. Seuls les personnages de Michel Houellebecq font entendre le discours de l’extrême-droite populaire française, désormais centré sur la peur de l’Islam, en le mâtinant d’un vieil anti-libéralisme et en en assumant la dimension dérangeante – reste d’ailleurs à savoir la part dans le succès de l’auteur de Plateforme de la mise en scène de tels discours. À l’heure où des historiens comme Patrick Boucheron interrogent de manière critique la notion de nation, et proposent de “mobiliser une conception pluraliste de l’histoire contre le rétrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public”[19], comme l’écrit la préface d’Histoire mondiale de la France, la littérature participe d’un travail d’analyse critique, dont le projet principal semble, à l’heure du pluralisme ontologique, à interroger l’unité même de l’idée de France pour en proposer des visions variables et diffractées. Non seulement les discours barrésiens sur la terre et les morts, discrédités en littérature par les dérives d’un Richard Millet ou d’un Renaud Camus après que les historiens, de Braudel à Détienne, les eurent déconstruits, ont disparu, mais les visions unitaires de la France sont entrées en crise, emportant la notion dans une pluralisation identitaire qui caractérise, comme l’ont montré les sociologues, l’appréhension de l’identité individuelle, dès lors qu’elle s’écarte de tout essentialisme unidimensionnel.
8 En revanche, de Pierre Bergougnioux à Marie Hélène Lafon en passant par Maryline Desbiolles, le territoire fait l’objet d’une attention littéraire inquiète, sensible aux dégâts de la désindustrialisation autant qu’à ceux de la désertification des campagnes[20]. Parallèlement, le thème du déclin des gloires nationales du passé et l’obsolescence des rêves français d’hégémonie font une entrée forte en littérature. En 2008, dans ce texte clé qu’est Les années, chronique des Trente Glorieuses, entre émancipation individualiste et désillusion politique, Annie Ernaux met à distance l’heure où la diffusion du Tour de France assurait la cohésion territoriale et où “au programme du BEPC, l’Algérie avec ses trois départements était la France, comme une grande partie de l’Afrique où nos possessions couvraient sur l’atlas la moitié du continent”[21]. Encore idéalisée comme patrie littéraire dans Le testament français d’André Makine (prix Goncourt 1995), la France est au cœur des désillusions de Michel Houellebecq quinze ans plus tard (dans La carte et le territoire, prix Goncourt 2010, se formule une “vraie nostalgie, une sensation de perte dans le passage de la France traditionnelle au monde moderne”[22]), et de l’amertume d’un Nicolas Mathieu, qui nous dépeint les désillusions des zones pavillonnaires et des grandes banlieues où les exploits sportifs du pays ne parviennent plus à entretenir le rêve (“Avec Zidane, de toute façon, la France pouvait tout, il suffisait d’y croire”[23] rêvent quelques instants les personnages de Leurs enfants après eux, prix Goncourt 2018, avant de retomber dans l’alcool et la misère). À ces trois prix Goncourt récents interrogeant ce qui reste de la grandeur française, il faudrait en ajouter d’autres emportés par le même mouvement critique : L’ordre du jour d’Éric Vuillard, Goncourt 2017, cinglant récit de la capitulation française à Munich qui ouvre la voie à l’Anschluss, Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, Goncourt 2012, qui raconte l’histoire de la France du XXe siècle comme une suite de défaites historiques et collectives, Au revoir là-haut de Pierre Lemaître, Goncourt 2013, qui démystifie l’héroïsme de la Première guerre mondiale, et évidemment L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni, Goncourt 2011, bilan accablant des errements nationaux dans les guerres coloniales et de l’affaissement des illusions de la grandeur : “La France m’exaspérait avec son grand F emphatique, le F majuscule comme le prononçait de Gaulle, et maintenant comme plus personne n’ose le prononcer. Cette prononciation du grand F, plus personne n’y comprend rien”[24] s’agace le narrateur.
9 De fait, les écrivains contemporains ne cessent de revenir sur la notion de France dans leurs investigations, mais en la posant comme une question, comme une enquête, comme une investigation de terrain. En témoignent des aventures de voyage en France, à la suite de l’essai séminal de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement (2011) : “Le sujet de ce livre est la France. Le but est de comprendre ce que ce mot désigne aujourd’hui et s’il est juste qu’il désigne quelque chose qui par définition n’existerait pas ailleurs, du moins pas ainsi, pas de cette façon-là”, explique l’écrivain, qui définit la France comme une “pelote de signes enchevêtrés mais souvent divergents formée par la géographie et l’histoire, par les paysages et les gens”[25]. Entreprenant un voyage à pied de la frontière italienne à la Hague, Sylvain Tesson emmène comme il le raconte dans Sur les chemins noirs (2016), un exemplaire de L’identité de la France de Fernand Braudel dans son sac à dos, essai fameux dont il tire l’idée que l’identité est dans un “amalgame” ayant nécessité “plusieurs dizaines de siècles” “d’idées contraires, de climats opposés, de paysages inconciliables et de gens dissemblables”[26]. On trouve des formules similaires chez Aurélien Bellanger, dont les romans peignent en perspective cavalière les évolutions sensibles du pays et dont les chroniques, précisément regroupées sous le titre La France, cherchent à saisir dans son extension et sa diversité “cet universel si particulier et si problématique qu’on appelle la France, la France et ses paysages, la France et ses particularismes innombrables”[27].
10 De l’époustouflante expérimentation littéraire que nous offre Pierre Patrolin au fil des voies fluviales dans La traversée de la France à la nage de 2012 à l’écriture de reportage comme En France, de Florence Aubenas de 2014, des enquêtes sur les banlieues comme Une année en France. Référendum/Banlieue/CPE (2007), ouvrage collectif de François Bégaudeau, d’Arno Bertina et d’Oliver Rohe, aux promenades en train dans les territoires désindustrialisés sur la ligne Paris-Nancy (Paysage fer de François Bon de 2000), en passant par les écrivains de la province “laissée en héritage”[28], y compris ceux pour qui elle renferme la mémoire occultée du passé colonial (le Camp de Rivesaltes réservé aux harkis dans L’art de perdre de Zeniter), ces promenades en France sont autant de manières de retisser un territoire considéré comme un problème, comme une blessure, non comme une évidence. Plus d’une génération s’est écoulée depuis la fin des grands récits, le paysage littéraire de langue française s’est diversifié au point d’offrir plutôt une mosaïque de lectures complémentaires et parfois contradictoires qu’une grande fresque unifiante. Centre et périphérie, “France profonde”, banlieue et terrains vagues, et même non-lieux, qui attirent un Philippe Vasset ou un Bruce Bégout, sont passés en revue autant à travers des enquêtes mémorielles que des récits de terrain, en interrogeant au passage l’histoire nationale et coloniale, manière de renouer avec la question politique sans imposer de grands paraphes idéologiques ni céder au storytelling. C’est en exerçant fortement sa mission critique, en pensant, lorsqu’il le faut, la France contre la France, en dénonçant les idéologies, en récusant les projets identitaires, en traquant les injustices de la géographie et les blessures de l’histoire, que la littérature française continue intimement à réfléchir la France.
La fiction nationale à l’heure de la littérature-monde en français
11 À ces interrogations intérieures qui arpentent le territoire national, symbolique ou concret, en traversent les failles et l’unité problématique, faisant parfois preuve d’un certain nombrilisme, s’ajoute la question toujours irrésolue du rapport aux littératures francophones. Alors que les textes des auteurs contemporains de langue française travaillent celle-ci et son imaginaire historique, culturel et politique, selon des temps et des modes fort divers, il ne leur a pas toujours été accordé le même droit de cité au sein d’une littérature qui n’est pas parvenue à résoudre définitivement le clivage historique entre les fictions françaises et francophones – si l’une fait partie de l’autre, quel est l’hyperonyme ? ou font-elles toutes les deux parties de notions plus larges telle que la littérature-monde[29] ? Cependant, même une douzaine d’années après le Manifeste des 44 écrivains qui proposait d’en finir avec la francophonie pour fêter la “naissance d’une littérature-monde en français”, et après le discours de J. M. G. Le Clézio rendant hommage en 2008 aux littératures du monde, appelées à “revendiquer leur droit à la parole, et d’être entendu[e]s dans leur diversité”[30], la littérature française, si marquée par le culte national de son histoire littéraire restreinte, par son histoire coloniale, par ses institutions centralisatrices puissantes, ses prix et ses académies, ne s’est pas départie de sa manière parfois narcissique de se penser autosuffisante dans sa supposée universalité, et semble ne pas encore avoir réussi à se défaire entièrement des liens de la nationalité[31]. L’ambition singulière du manifeste Pour une littérature-monde en français était de délier la littérature “de son pacte avec la nation”[32], mais force est de constater les difficultés que la France continue à éprouver à se penser au sein de et en relation avec la francophonie ; celle-ci reste un domaine d’études à peine enseigné dans l’Hexagone, alors qu’il est devenu prééminent dans les études françaises à l’étranger, particulièrement dans les pays anglophones et en Allemagne.
12 À la définition éminemment européenne – et, partant, occidentale – de l’espace littéraire, se voit opposer, depuis la Seconde Guerre mondiale et dans le sillage des indépendances postcoloniales, une image décentrée et véritablement mondiale de la création littéraire. Situés “à la croisée des langues”[33], de nombreux écrivains se tiennent, par leur appartenance multiple, à la frontière des espaces nationaux, voire au-delà de ces frontières, dans un entre-deux (isolant ou englobant, selon le cas) qu’ils revendiquent comme la condition de l’écrivain provincial, minoritaire, migrant ou voyageur. Répondant à la pression des conditionnements économiques et des effets de champ symboliques, ceux qui souhaitent obtenir la consécration dans un espace littéraire somme toute restreint à quelques centres éditoriaux, dont Paris reste le plus important, se retrouvent devant un choix difficile entre l’assimilation ou intégration par dilution, voire effacement de “toute différence originelle” ou la dissimilation ou différenciation, entraînée par une revendication identitaire[34]. Cependant, loin d’être monolithique, la métropole constitue aussi un carrefour humain et culturel traversé par des réseaux et dépourvu de centre, séparé de la nation et investi par des immigrés qui renoncent à leur identité d’origine au profit d’une place dans l’espace littéraire (literary marketplace), acquise au prix de nombreux combats et sacrifices individuels[35]. Reconnaître ces configurations multipolaires permet de dépasser le binarisme du centre et de la périphérie, ou encore la logique des phénomènes de retour du type “the empire writes back”[36], pour rendre compte de la pluralité des lieux où la fiction française s’écrit et se pense. Postcolonialiser la France, pour paraphraser le titre désormais célèbre de Dipesh Chakrabarty, exige de ne pas l’envisager telle “une forme fixe” mais comme “une texture de flux et de glissements dont le territoire serait la surface d’accueil et de jeu”[37].
13 Le cas de la littérature “beur” fournit à ce titre un exemple éclairant, à la fois singulier et représentatif d’une plus vaste dynamique politique, idéologique et littéraire. Pendant les années 1980 et 1990, de nouvelles voix se font entendre dans la littérature française, des voix qui viennent bien souvent de la périphérie des grandes villes. Pour la plupart, ces auteurs sont issus de l’immigration et sont nés ou ont grandi dans la banlieue périurbaine, endroit où ils situent aussi leurs textes. À une époque où la dichotomie entre centre (parisien) et périphérie semblait encore intacte, les auteurs de la littérature beur revendiquaient pour leurs protagonistes une nouvelle identité hybride, à cheval entre la France et une ou plusieurs de ses anciennes colonies. Le terme aux origines péjoratives définira un nouvel éthos associé à la communauté des écrivains français d’origine arabe tels que Mehdi Charef, Leïla Sebbar ou Azouz Begag, sa resémantisation renvoyant “à la fois à un espace géographique et culturel, le Maghreb, et à un espace social, celui de la banlieue et du prolétariat de France”[38]. En ayant recours à une intertextualité foisonnante qui excédait largement les limites de la littérature française, ces textes ne jetaient pas seulement un regard sceptique sur ce qu’ils considéraient comme une identité figée et inaccessible pour eux. Ils comprenaient la périphérie comme un espace d’ouverture et de liberté radicale, un espace où une nouvelle esthétique, de nouvelles normes pouvaient se développer[39]. Ce geste qui tente de déterritorialiser le territoire national pour mieux investir son espace littéraire se prolonge et acquiert une signification nouvelle dans l’écriture de la banlieue, appellation utilisée pour désigner la production littéraire de la fin du XXe et du début du XXIesiècle des écrivains issus de la deuxième ou troisième génération de l’immigration maghrébine, africaine ou antillaise, qui traduit l’écart générationnel par des thématiques et des postures d’auteurs différentes, qui déplacent l’accent de l’exil et de l’hybridité vers le malaise politique et social contemporain : “De même que pour l’exilé, il s’agit de trouver un moyen de se dire, tout à la fois déraciné et non intégré, hors de la littérature maghrébine, hors de la littérature française, pour l’auteur issu de la banlieue, la tentation se fait sentir de dénoncer ouvertement ce qui se passe là-bas, hors du centre des villes, loin des banlieues riches”[40].
14 Le rattachement – réel, perçu ou revendiqué – de l’écrivain à tel ou tel pays détermine la diffusion et la réception de son œuvre, selon une géométrie irrégulière qui engendre souvent des tensions entre les postures d’auteurs et les pressions idéologiques et commerciales avec qui ceux-ci sont obligés de composer. Si l’on s’appuyait sur le seul critère juridique de la nationalité, Richard Millet, Michel Houellebecq ou Marie Darrieussecq devraient être situés à côté de leurs compatriotes Patrick Chamoiseau, Gisèle Pineau ou Nicolas Kurtovitch, nés tous trois sur un territoire français non métropolitain, à la Martinique, à la Guadeloupe et en Nouvelle-Calédonie. Toutefois, ceux-ci sont couramment associés à la littérature appelée francophone, autrement dit à une littérature exogène, ce qui les rapproche davantage de leurs confrères et consœurs qu’Abdourahman Waberi a appelés il y a plus de vingt ans “les enfants de la postcolonie”[41], à savoir ceux qui représentent “la quatrième génération d’écrivains francophones”, laquelle recoupe à maints égards les auteurs rassemblés sous la désignation d’“Afrique sur Seine” ou, pour employer un terme de Léonora Miano, sous celui de l’“afropéanité”[42]. Français et Françaises de naissance ou d’adoption, installés en France ou se partageant entre plusieurs pays et plusieurs continents, ces auteurs publient leurs livres dans les maisons d’édition françaises. S’inspirant des réalités d’une société multiethnique, métissée, hybride, remuée par les contrastes et les tensions du postcolonialisme et du néocolonialisme, les textes de la Sénégalaise Fatou Diome, de la Française d’origine marocaine Leïla Slimani, du Guinéen Tierno Monénembo, du Canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière ou des Congolais Alain Mabanckou et Wilfried N’Sondé trouvent une reconnaissance auprès de certains lecteurs qui partagent des projets de vie, des trajectoires et des accidents de parcours ressemblant à ceux de leurs narrateurs et personnages, ainsi qu’auprès de ceux qui lisent leur textes selon une clé ethnographique, afin d’y trouver des témoignages sur des formes et expériences de vie proches mais inconnues.
15 Pour saisir la complexité, souvent confondante, du paysage identitaire de la littérature contemporaine, il faudrait d’abord situer ce groupe extrêmement éclectique d’écrivains, que l’on appelle communément “issus de l’immigration” pour renvoyer (et plus d’une fois, les renvoyer) à leurs origines postcoloniales, en rapport avec des “transfuges” linguistiques et, souvent, politiques, tels que Milan Kundera, Andreï Makine, François Cheng ou Chahdortt Djavann. Leur adhésion aux valeurs républicaines vaut à ces derniers une reconnaissance sans différence, ou, à tout le moins, sans malaise lié à la “fracture coloniale”[43], leur réservant une place de choix à côté de leur collègues français “de souche” en tant que représentants d’une littérature “invitée”[44] qui confirme et amplifie le rayonnement de ces mêmes valeurs. Il serait ensuite nécessaire de se tourner vers la diversité endogène d’une littérature qui, en apparence régie par le critère uniformisant de la nationalité, n’en est pas moins travaillée en profondeur par des sentiments mitigés voire malaisés d’appartenance à des catégories ou des communautés oubliées, marginalisées ou sous-représentées dans le discours et l’imaginaire de l’identité nationale (la province, les néo-ruraux, le prolétariat de l’âge néolibéral, les minorités sexuelles, les délinquants et les marginaux socio-économiques). Ces colonisés “de l’intérieur” dépaysent eux aussi la littérature française, car leurs textes font entendre les voix et partagent les expériences des “revenants” dans la machine nationale[45].
Paradoxes de l’identité littéraire
16 Face à des conditions de production et de distribution qui se mondialisent de plus en plus, à un marché de la traduction contribuant à découpler le succès d’un texte, la question de sa “nationalité” devrait être devenue obsolète, mais elle finit par resurgir de manière surprenante. Alors que la littérature en est encore à réfléchir sa nouvelle diversité et à délimiter un territoire élargi et mouvant, le marché littéraire a depuis peu pleinement saisi le potentiel économique de la francophonie. Si l’on en croit l’hypothèse de l’auteure britannique Zadie Smith, il y aurait eu il y a peu un renversement radical des valeurs à l’intérieur du champ littéraire. Alors que pendant des siècles, les fameux dead white European males auraient détenu la plus grande partie du capital symbolique et dominé le marché aussi d’un point de vue économique, aujourd’hui le relais aurait été repris par d’autres : “[T]he authenticity baton (which is of course entirely phoney) has been passed on. Passed to women, to those of colour, to people of different sexualities, to people from far off, war-torn places”[46]. Alors que les textes des white European males, qu’ils soient morts ou vivants, continuent à bénéficier de la bonne estime des critiques, d’un point de vue économique, les maisons d’édition auraient tout intérêt à publier des romans qui correspondent aux critères de Smith, car, plus encore que par les critiques, ils seraient convoités par le public. Ainsi, et tout en évitant le terme, Zadie Smith, elle-même femme de couleur, attire l’attention de ses lecteurs et lectrices sur le fait que le marché littéraire est de plus en plus dominé par la marchandisation. En cela, sa position s’apparente à celle de Graham Huggan, qui analyse la marchandisation du “postcolonial exotic”, ce qu’il appelle la “global commodification of cultural difference”[47]. Cet intérêt pour l’exotique produirait, selon Sandra Ponzanesi, une vraie “otherness industry”[48], qui mènerait à une nouvelle exploitation économique qui n’est bien souvent pas loin d’un orientalisme renouvelé.
17 Mais il y a plus : la politique suit de près ce développement et s’orne volontiers de la “cosmopolitan intelligentsia”[49] francophone : lorsqu’en 2018, Emmanuel Macron décide d’engager des “travaux de réflexion” “au sujet de la langue française et de la Francophonie”, il désigne Leïla Slimani et Alain Mabanckou en tant que porte-paroles de ce projet – qui ne fait pourtant que consolider une dichotomie qui devrait depuis longtemps être devenue obsolète. La proposition présidentielle, qu’Alain Mabanckou décline dans une lettre ouverte co-signé avec Achille Mbembe[50], est pourtant la preuve peut-être la plus flagrante du fait que la politique a désormais détecté le potentiel publicitaire de la francophonie et ne répétera plus ses erreurs antérieures.
18 Lorsqu’en 1989, la France était pour la première fois l’invitée d’honneur de la foire du livre de Francfort, la plus grande foire du monde dans le domaine des livres, elle se présentait avec une littérature franco-française représentée par des éditeurs français uniquement. Les grands absents de cette édition de la foire étaient la francophonie ainsi que les écritures soi-disant plus périphériques telles que la littérature beur ou celle de banlieue. En 1989, la littérature française se définissait ainsi dans les limites étroites de l’Hexagone, la nationalité d’un texte était régie par celle de son auteur.
19 28 ans plus tard, la politique et le marché éditorial ont pleinement embrassé l’impact médiatique de la francophonie : en 2017, alors que la France était de nouveau à l’honneur de la plus grande foire du livre du monde, c’était la francophonie qui était mise sur le devant de la scène. L’écrivain québécois d’origine libanaise Wajdi Mouawad tenait le discours d’ouverture, Alain Mabanckou était l’un des conseillers du projet, des auteurs tels que Kamel Daoud, Tierno Monénembo et Boualem Sansal figuraient parmi les invités officiels, de sorte que la journaliste allemande Sandra Kegel en déduisait sur un ton jubilatoire que la France aurait “subverti le concept national de l’invitée d’honneur de manière aussi élégante que subtile”[51]. Cette euphorie multiculturelle se réduit pourtant considérablement si l’on y regarde de plus près, car l’ouverture du champ éditorial hexagonal à la production littéraire francophone ne fait qu’aggraver un phénomène de longue date, à savoir le délitement voire la disparition de l’édition non européenne (africaine, antillaise, mauricienne…) de langue française, dont les ressorts économiques et les conséquences symboliques transcendent les frontières nationales. Phénomène complexe à travers lequel les écrivains se voyent récupérés, de manière consentante ou inadvertente, dans un système hégémonique que leurs œuvres contestent, ce qui met par ailleurs en évidence l’ambiguïté foncière de la logique mondialiste, traversée à la fois par les écueils de la mondialisation et par les élans de la mondialité, pour reprendre la dichotomie glissantienne.
20 Officiellement, ce n’est pas sous le signe de la francophonie que l’événement francfortois est placé, mais bien sous celui de l’hospitalité, car selon une brochure officielle, “l’hospitalité est au cœur de la langue française”[52]. Cette formule conviviale est d’abord en discordance flagrante avec la fameuse phrase de Kateb Yacine qui souligne que, pour l’écrivain issu des anciennes colonies, “la langue française est un butin de guerre”[53]. Suggérer, ensuite, que le français se serait pacifiquement répandu dans le monde grâce à sa convivialité escamote un pan de l’histoire française qui fut tout, sauf pacifique. En même temps, l’alliance de la francophonie et de l’hospitalité pour un même événement culturel de grande envergure confirme le statut ambigu accordé aux auteurs non hexagonaux : bien vus en tant qu’invités[54] officiels de la délégation française aussi longtemps qu’ils rehaussent l’image de la France dans le monde, une France qui s’idéalise toujours en tant que terre d’accueil pour les humiliés et les offensés parmi les artistes, ils sont les bienvenus sur le marché éditorial français tant que les chiffres de ventes le permettent. La différenciation de base reste pourtant celle entre “français” et “francophone”, le succès économique étant un garant précaire pour le passage de l’un à l’autre.
De la “diversalité” de la littérature contemporaine
21 On le voit : c’est dans la fabrique de la fiction, au cœur de son pouvoir configurant et de sa force projective, que se révèlent des représentations originales du territoire, de la langue et de l’identité : la mise en fiction de ces trois éléments presque axiomatiques – territoire, langue, identité – trahit leur géométrie instable, à travers les changements de perspective qui mettent en doute les discours instituants, les voix narratives qui s’interrogent sur la fiabilité du souvenir individuel et, à plus forte raison, de la saga collective, et les tissages stylistiques qui font ressortir leurs soubassements subjectifs, fantomatiques et ambigus. Tel est ainsi l’objet de ce numéro de FiXXIon : formuler la pluralité constitutive, on dirait même avec Édouard Glissant, la “diversalité” de la littérature contemporaine en français, de ses créateurs et de leurs imaginaires, pour approcher celle d’un territoire et d’une langue.
Alexandre Gefen
CNRS
Oana Panaïté
Indiana University-Bloomington
Cornelia Ruhe
Universitaet Mannheim

Notes


[1]https://www.lexpress.fr/culture/livre/eric-raoult-veut-faire-taire-marie-ndiaye_827299.html, consulté le 15 novembre 2019.

[2]La formule se trouve sous la plume d’Henri Massis, voir Einfalt Michael, “La critique littéraire de ‘L’Action française’ ”, Cahiers de l’Association internationale des études francaises, 2007, n° 59, p. 303-319.

[3] Cf. http://theconversation.com/debat-duels-de-chercheurs-dans-lespace-mediatique-ou-quand-lemotion-empeche-de-penser-105252, consulté le 15 novembre 2019.

[4]Cf. http://aflit.arts.uwa.edu.au/LettreNdiayeM.html, consulté le 15 novembre 2019.

[5]Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2007/03/16/l-identite-francaise-selon-fernand-braudel_883988_3224.html, consulté le 15 novembre 2019.

[6]Anne-Marie Thiesse, La fabrique de l’écrivain national : Entre littérature et politique, Paris, Gallimard, 2019, p. 13.

[7]Stéphane Zekian, L’invention des classiques – Le Siècle de Louis XIV existe-t-il, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 346.

[8]Germaine de Staël, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (2e éd.).

[9]“Qu’est-ce qu’une nation ?”, Ernest Renan, Conférence en Sorbonne, le 11 mars 1882.

[10] Désiré Nisard , Histoire de la littérature française, 2e éd., Paris, Firmin Didot frères, 1854, tome I, p. 7.

[11] Sainte-Beuve, “Notes et pensées”, LIX, in Causeries du lundi, tome XI, 3e édition, Paris, Garnier frères, 1874, p. 465 ; c’est l’auteur qui souligne.

[12] Gisèle Sapiro, La responsablité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXXXI siècle), Paris, Le Seuil, 2011, p. 373.

[13] Cf. par exemple le cas d’Anatole France étudié par Guillaume Métayer, Anatole France et le nationalisme littéraire. Scepticisme et tradition, Paris, le Félin, 2011.

[14] “Qu’est-ce donc que cette âme française, cette chose nouvelle qui se révèle dans cette littérature naissante ? c’est l’affaire des historiens de nous l’expliquer en détail” affirme Gustave Lanson pour présenter dans son histoire littéraire la littérature médiévale. Gustave Lanson, Histoire de la littérature française, Librairie Hachette, 1920, Première partie, Introduction.

[15] Gisèle Sapiro, op. cit., p. 525.

[16] Yannick Haenel, Les renards pâles, Paris, Gallimard, 2013, p. 146.

[17] La nation nommée Roman face aux histoires nationales, études réunies par Danielle Perrot-Corpet et Lise Gauvin, Paris, Classiques Garnier, 2011, p. 36.

[18] Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalism, tr. Pierre-.

[19] Patrick Boucheron, Histoire mondiale de la France, Paris, Seuil, 2017, p. 7.

[20] Cf. Alexandre Gefen, Réparer le monde. La littérature française face au XX siècle, Paris, Corti, 2017, p. 187, sq.

[21]Annie Ernaux, Les années, Paris, Gallimard, 2008, <Folio>, p. 62.

[22] Michel Houellebecq, La carte et le territoire, Paris, Flammarion, 2010, p. 168.

[23] Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Arles, Actes Sud, 2018, p. 417.

[24] Alexis Jenni, L’art français de la guerre, Paris, Gallimard, 2011, p. 324.

[25] Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement. Voyages en France, Paris, Seuil, 2011, p. 7.

[26] Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Paris, Gallimard, 2016, p. 68-69.

[27] Aurélien Bellanger, La France, Paris ,Gallimard, 2019, quatrième de couverture.

[28] Cf. Sylviane Coyault-Dublanchet, La province en héritage. Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Richard Millet, Genève, Droz, 2002, <Histoire des idées et critique littéraire>.

[29] Cf. Oana Panaïté, Des littératures-mondes en français. Écritures singulières, poétiques transfrontalières dans la prose contemporaine, Amsterdam/New York, Rodopi, 2012.

[30]Jean-Marie Le Clézio, “Dans la forêt des paradoxes. Conférence Nobel”, URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2008/clezio/25795-jean-marie-gustave-le-clezio-conference-nobel/, consulté le 26 septembre 2019.

[31] Cf. Sarah Burnautzki, Les frontières racialisées de la littérature française. Contrôle au faciés et stratégies de passage, Paris, Honoré Champion, 2017.

[32] Jean Rouaud, “Mort d’une certaine idée”, in Michel Le Bris, Jean Rouaud (dirs), Pour une littérature-monde, p. 20.

[33] Cf. Lise Gauvin, L’écrivain francophone à la croisée des langues, Paris, Karthala, 1997.

[34]Pascale Casanova, La république mondiale des Lettres, Paris, Seuil, 1999, p. 247.

[35]Christopher Prendergast, “The World Republic of Lettres”, in Christopher Prendergast, Benedict Anderson (dirs), Debating World Literature, London, New York,Verso, 2004, p. 1-25. Gayatri Spivak considère que la mondialité postcoloniale repose d’abord sur des frontières “démographiques plutôt que territoriales”, qui précèdent et dépassent les limites du capitalisme et ensuite sur des collectivités “para-étatiques”, face auxquelles les ancrages traditionnels du type national autant que les différences et allégeances politiques sont devenus obsolètes. Gayatri Spivak, Death of a Discipline, Calcutta, Seagull, 2004, p. 14.

[36] Cf. Bill Ashcroft, Gareth Griffiths, Helen Tiffin (dirs), The Empire Writes Back. Theory and Practice in Post-Colonial Literatures, New York, Routledge2002.

[37] C’est la formule de Jean-Christophe Bailly qui oppose à l’idée de figement territorial et identitaire celle d’une “proposition ouverte”. Jean-Christophe Bailly, “Introduction” à l’ouvrage France(s) territoires liquides, Bernard Comment (dir.), Paris, Seuil, p. 12.

[38] Nacer Kettane, Droit de réponse à la démocratie française, Paris, La Découverte, 1986, p. 21.

[39] Cf. Cornelia Ruhe, La cité des poètes. Interkulturalität und urbaner Raum, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2004, ainsi que Cornelia Ruhe, Cinéma beur. Analysen zu einem neuen Genre des französischen Films, Konstanz, UVK, 2006.

[40] Cyrille François, “Des littératures de l’immigration à l’écriture de la banlieue : Pratiques textuelles et enseignement”, Synergies Sud-Est européen, n° 1, 2008, p. 149-157, citation extraite de la page 150.

[41] Abdourahman Waberi, “Les enfants de la postcolonie. Esquisse d’une nouvelle génération d’écrivains francophones d’Afrique noire”, Notre Librairie, n° 135, 1998, p. 8-15.

[42] Léonora Miano, Afropean Soul et autres nouvelles, Paris, Flammarion, 2008.

[43] Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire (dirs), La fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005.

[44] Véronique Porra, Langue française, langue d’adoption : une littérature “invitée” entre création, stratégies et contraintes (1946-2000), Hildesheim, Georg Olms Verlag, 2011.

[45]Dans un collectif récent qui soumet l’idéologie de la relation constitutive et constitutionnelle entre nation et territoire dans la France post-révolutionnaire à l’examen de ses lignes de fracture idéologiques et des manifestations fluides et fluctuantes à travers différentes pratiques sociales et culturelles, les coordinateurs désignent ce phénomène par l’expression “ghosts in the national machine”. Cf. Ari J. Blatt et Edward Welch, “Introduction”, France in Flux. Space, Territory, and Contemporary Culture, Liverpool, Liverpool University Press, 2019, p. 1.

[46]Zadie Smith, Changing My Mind. Occasional Essays, London, Penguin, 2009, p. 87, sq.

[47] Graham Huggan, The Postcolonial Exotic. Marketing the Margins, London/New York, Routledge, 2001, p. VII.

[48] Sandra Ponzanesi, The Postcolonial Cultural Industry. Icons, Markets, Mythologies, London, Macmillan, 2014, p. 1.

[49] Ibid., p. 80.

[50] Alain Mabanckou/Achille Mbembe : “Francophonie, langue française. Lettre ouverte à Emmanuel Macron”, Bibliobs, 15 janvier 2018 ; URL : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180115.OBS0631/francophonie-langue-francaise-lettre-ouverte-a-emmanuel-macron.html, consulté le 18 septembre 2019.

[51] Sandra Kegel, “Die Exception des Ehrengasts. Frankreich auf der Buchmesse”, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 10 octobre 2017, notre traduction ; URL : https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/frankreich-ist-ehrengast-auf-der-frankfurter-buchmesse-2017-15234706.html, consulté le 17 septembre 2019.

[52] S.n., “La foire du livre de Francfort sous le signe de l’Europe de la culture” ; URL : http://www.culture.gouv.fr/Actualites/La-Foire-du-livre-de-Francfort-sous-le-signe-de-l-Europe-de-la-culture/Frederic-Boyer-L-hospitalite-est-au-cœur-de-la-langue-francaise, consulté le 17 septembre 2019.

[53]Cf. par exemple “Francophonie : un butin de guerre à préserver”, Jeune Afrique, 30 septembre 2002 ou “La langue française, ‘butin de guerre’, prospère en Algérie”, Le Monde, 18 décembre 2012.

[54] Cf. Véronique Porra, op. cit.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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